Matteo Berrettini - Crédits photo : VBrunoPhotog
Finaliste de Wimbledon en 2021, demi-finaliste de l’US Open et de l’Open d’Australie, deux fois vainqueur du Queen’s, monté jusqu’à la 6e place mondiale : Matteo Berrettini a bâti sa carrière sur un service dépassant les 230 km/h et un coup droit parmi les plus violents du circuit. Sa raquette ne cherche pas à tempérer cela. Elle l’amplifie — et cumule, à elle seule, à peu près tous les paramètres qui produisent de la puissance.
Matteo Berrettini est sous contrat avec Head. Le modèle qu’il endosse commercialement est l’Extreme, la ligne de la marque orientée effet et puissance, dont il est l’ambassadeur principal.
Le cadre qu’il joue réellement est un pro stock désigné TGT 285.2, correspondant au Head Extreme Pro de génération Innegra/Graphene XT — un modèle retiré du catalogue depuis longtemps, repeint aux couleurs de l’Extreme commercial en cours.
Fait notable : il utilise ce moule depuis ses années juniors. C’est l’une des continuités les plus longues de ce silo, comparable à celle de Taylor Fritz ou de Stefanos Tsitsipas.
Le moule appartient par ailleurs à la même famille que celui de son compatriote Lorenzo Musetti, qui joue un Extreme Tour sous code PT 348.1, comme nous le détaillons dans notre article sur la raquette de Lorenzo Musetti. Deux Italiens de la même écurie, deux déclinaisons d’une ligne pourtant peu représentée au sommet.
Les relevés convergent sur un montage très lourd. Le cadre atteint environ 326 grammes non cordé pour un équilibre à 32,6 cm, ce qui donne en configuration de match des valeurs autour de 350 grammes cordé, un équilibre proche de 33,2 cm et surtout un swingweight de 353.
Ce chiffre de swingweight est le point essentiel du dossier. C’est l’un des plus élevés de tout ce silo, dans la même zone que celui d’Andrey Rublev, dont nous détaillons le montage dans notre article sur la raquette d’Andrey Rublev. Un swingweight de 353 signifie que le cadre traverse la balle avec une inertie considérable : très peu d’adversaires peuvent absorber cette lourdeur.
La contrepartie est connue, et les analystes du matériel la relèvent : ce type de montage rend le cadre difficile à ralentir. Sur les frappes où il faudrait doser plutôt que frapper, Berrettini a tendance à envoyer la balle trop loin.
Il utilise un manche de taille 3 (4 3/8) avec surgrip.
Le tamis de la raquette de Matteo Berrettini mesure 100 pouces carrés, soit 645 cm² — le format généreux, celui de Rafael Nadal, Casper Ruud ou Andrey Rublev.
Sur un cadre déjà lourd, ce tamis large apporte la tolérance nécessaire aux frappes décentrées et élargit la fenêtre de prise d’effet. C’est le premier des « marqueurs de puissance » qui s’accumulent dans ce montage.
Le faisceau du cadre est par ailleurs épais, ce qui accroît encore la restitution d’énergie à l’impact.
Le plan de cordage de la raquette de Matteo Berrettini est un 16×19, ouvert. Des cordes plus espacées mordent davantage la balle, se déplacent puis reviennent en place à l’impact — le mécanisme même de la prise d’effet.
Additionnons : tamis de 645 cm², faisceau épais, plan de cordage ouvert, poids de 350 grammes et swingweight de 353. Chacun de ces paramètres, pris isolément, augmente la puissance disponible. Réunis, ils produisent l’un des montages les plus explosifs du circuit. Notre article sur la jauge du cordage détaille l’effet du plan de cordage sur la rotation.
Le montage de Berrettini illustre un principe que ce silo rencontre rarement de façon aussi pure : le matériel amplifie la force au lieu de la contenir.
Là où Aryna Sabalenka bride sa frappe avec un plan 18×20 très fermé, ou Jannik Sinner avec une tension extrême, Berrettini fait l’inverse. Tout, dans son cadre, pousse la balle plus vite et plus loin.
Le seul garde-fou vient du cordage. Il joue un monofilament très ferme et orienté contrôle, qui vient contredire la générosité du cadre. C’est ce contrepoids unique qui rend l’ensemble jouable — et son absence expliquerait les fautes longues qui ponctuent parfois ses matchs.
À 1,96 m, avec une préparation ample et un jeu construit autour de deux coups seulement, ce montage lui convient. Il n’a besoin ni de maniabilité extrême ni de finesse : il a besoin que chaque balle fasse mal.
Le coup droit de Matteo Berrettini est l’un des coups les plus redoutés du circuit, frappé avec une préparation relativement courte pour un joueur de sa taille, mais une accélération brutale.
Le swingweight de 353 est précisément ce qui rend ce coup si lourd à recevoir : la masse en tête traverse la balle sans être déviée, même face à une frappe adverse rapide. Le tamis large et le plan 16×19 ajoutent la rotation qui ramène cette puissance dans le court.
Sa préparation raccourcie explique par ailleurs un choix qui surprend : une tension relativement basse pour un joueur aussi puissant. Un geste plus court a besoin que le cordage restitue de l’énergie.
Le silicone. Le manche reçoit une injection de silicone, préparation standard de la pro room Head, qui alourdit le cadre et modifie le retour de vibrations.
Le plomb. Des bandes sont appliquées sous le protège-tamis, tout autour du cadre. C’est cette masse en périphérie qui produit le swingweight de 353 — le cadre commercial équivalent se situe plutôt autour de 300 à 305 grammes non cordé, soit une cinquantaine de grammes d’écart au total.
Le cordage. Berrettini joue un plein cordage de Signum Pro Firestorm en jauge 1,25 mm, un monofilament rond, ferme et orienté contrôle. C’est un choix qui sort des grandes marques dominantes du circuit — et c’est également le cordage de Flavio Cobolli, comme nous le mentionnons dans notre article sur la raquette de Flavio Cobolli. Deux Italiens, un cordage confidentiel.
Une réserve : lors de l’Open d’Australie 2022, Berrettini a abandonné le pochoir Signum Pro sur son cordage et joué avec un fil plus clair, possiblement un produit Head. Nous n’avons pas trouvé de confirmation d’un changement durable.
La tension. Elle se situe autour de 23 kilos, avec des ajustements selon l’altitude, la surface et les conditions. C’est une valeur en dessous de la moyenne du circuit — surprenante pour un joueur aussi puissant, mais cohérente avec sa préparation courte et la raideur du cordage choisi.
La continuité est totale. Né à Rome en avril 1996, Berrettini joue le moule Extreme Pro depuis ses années juniors et n’en a jamais changé — seules les livrées commerciales de la ligne Extreme ont évolué au fil des générations Head.
Ce cadre l’a accompagné à chaque étape : la demi-finale de l’US Open 2019, sa percée dans le top 10, la finale de Wimbledon 2021 perdue face à Novak Djokovic — la première d’un Italien dans ce tournoi —, la demi-finale de l’Open d’Australie 2022, et ses deux titres au Queen’s, sur gazon, la surface où son service fait le plus de dégâts.
Les blessures ont marqué la suite de sa carrière, avec plusieurs longues interruptions. Le matériel, lui, n’a jamais bougé.
La ligne Extreme de Head est l’une des moins représentées au sommet du circuit, ce qui rend ce petit groupe identifiable. Lorenzo Musetti en est l’autre grand nom, sur un moule voisin, tandis que Juan Manuel Cerúndolo figure également parmi les utilisateurs.
Sur le cordage, le Signum Pro Firestorm relie Berrettini à Flavio Cobolli — un rapprochement d’autant plus notable que les deux joueurs sont italiens et que cette marque reste rare sur le circuit.
Le silo compte désormais quatre Italiens : Jannik Sinner chez Head également, dont nous détaillons le montage dans notre article sur la raquette de Jannik Sinner, Musetti, Cobolli et Berrettini. Quatre joueurs, quatre moules Head différents.
Le Head Extreme MP ou Extreme Pro vendus en magasin partagent le tamis de 645 cm², le plan 16×19 et l’esprit général du cadre. C’est la base la plus accessible.
La mise en garde porte sur le poids, et elle est sérieuse. Un swingweight de 353 associé à 350 grammes en configuration de match n’est pas transposable à un joueur amateur : le risque n’est pas seulement de mal jouer, mais de se blesser. Le cadre commercial, autour de 300 grammes non cordé, est déjà suffisamment exigeant en lui-même.
En revanche, sa tension de 23 kilos est parfaitement adoptable, et c’est même l’enseignement utile de ce dossier : un cadre puissant se règle avec un cordage ferme à tension modérée, pas avec une tension extrême. Notre guide sur quelle tension choisir pour sa raquette permet d’affiner ce réglage, et notre article sur le cordeur de raquette de tennis explique ce qu’implique ce type d’ajustement.
Le dossier Berrettini est le plus lisible de ce silo : rarement une raquette aura ressemblé à ce point au joueur qui la tient.
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