Alexander Zverev - Crédits photo : si.robi
Alexander Zverev a attendu six ans, quarante participations et trois finales perdues avant de soulever son premier titre du Grand Chelem, à Roland-Garros, en juin 2026. Sa raquette, elle, n’a presque pas bougé depuis 2019 — à un détail près, survenu quelques mois avant ce sacre tant attendu. Championne du monde de patience, la Head Gravity Pro de l’Allemand est l’une des plus lourdes et des plus exigeantes du top 10 mondial. Voici ce qu’elle révèle de son tennis.
Alexander Zverev est sous contrat avec Head depuis ses débuts juniors, comme son frère aîné Mischa. Il a longtemps joué la ligne Speed, avant de devenir en 2019 le premier joueur du circuit à adopter la Head Gravity Pro, une raquette conçue en collaboration avec la marque et pour laquelle il a servi de véritable ambassadeur, aux côtés d’Andrey Rublev.
Le cadre réel qu’il utilise en match reste toutefois différent du modèle vendu en magasin. Pendant plusieurs années, son pro stock portait le nom de code TGT 344.3, basé sur l’ancien moule Innegra Speed MP, avec un plan de cordage 18×20 non parallèle qui diffère légèrement du perçage retail de la Gravity Pro.
Fin 2025, lors de la tournée asiatique sur dur, Zverev a changé de moule — un changement qu’il a lui-même confirmé publiquement, dans un podcast enregistré avec son frère et sa mère. Le nouveau cadre, code TGT 341.2, reprend la construction Auxetic la plus récente de Head, avec un beam légèrement plus épais et un layup plus rigide. Les spécifications déclarées seraient restées identiques ; seule la structure interne du cadre a évolué.
Les relevés les plus récents, postérieurs au changement de moule, donnent une raquette cordée à environ 343-344 grammes, pour un équilibre proche de 33 cm et un swingweight avoisinant 360. Ce sont des valeurs élevées, parmi les plus lourdes du top 10 mondial actuel — sensiblement au-dessus des cadres de Jannik Sinner ou de Carlos Alcaraz, tous deux plus proches des 325-330 grammes.
Cette masse s’explique en partie par le gabarit du joueur : avec 1,98 m, Zverev dispose du levier nécessaire pour manier un cadre aussi dense sans perdre en vitesse de swing. Nous n’avons cependant pas trouvé de confirmation officielle de ces chiffres par Head ou par le joueur lui-même : ils proviennent d’observations convergentes de plusieurs spécialistes du matériel, mais restent des estimations.
Le tamis de la raquette d’Alexander Zverev mesure 100 pouces carrés, soit 645 cm² — une taille que confirme notre propre article sur le cordage de Zverev. C’est un format que l’on retrouve aussi bien sur des raquettes professionnelles qu’amateures, ni spécialement orienté puissance ni spécialement orienté contrôle.
Sur un cadre aussi lourd que le sien, ce tamis classique évite d’accumuler deux facteurs de difficulté à la fois. Le poids apporte déjà la stabilité recherchée ; un tamis plus petit aurait resserré la marge d’erreur au-delà de ce qu’un jeu de fond de court aussi engagé peut se permettre.
Le plan de cordage de la raquette d’Alexander Zverev est un 18×20, l’un des plus denses que l’on trouve sur le circuit professionnel. Dix-huit cordes verticales, vingt horizontales : c’est la configuration qui limite le plus le mouvement des cordes à l’impact, au bénéfice du contrôle et de la trajectoire, au détriment de la prise d’effet spontanée.
Associé à un cadre déjà lourd et stable, ce pattern serré construit un ensemble cohérent, pensé pour un joueur qui frappe fort mais recherche avant tout la régularité de sa trajectoire de balle — plutôt qu’un supplément de rotation.
Le montage de Zverev est celui d’un joueur qui a fait le choix de la stabilité plutôt que de la maniabilité. Un cadre proche des 344 grammes, un swingweight de 360, un plan de cordage 18×20 : chaque paramètre pousse dans la même direction, celle d’un tennis qui privilégie la trajectoire longue et pénétrante plutôt que la variation ou l’accélération brutale.
C’est un choix cohérent avec son profil physique et son style : Zverev construit ses points depuis le fond du court, avec un jeu qui repose sur la profondeur et la régularité de ses frappes plutôt que sur la prise de risque précoce. Un cadre plus léger favoriserait la vitesse de tête de raquette ; le sien favorise le poids de balle et la stabilité sur les échanges longs.
Le service d’Alexander Zverev, l’un des plus dominants du circuit, illustre bien l’intérêt d’un cadre aussi lourd et stable. Sur ce coup, la masse de la raquette se transforme directement en puissance de sortie de balle, sans que le joueur ait besoin de générer une accélération extrême du poignet — un avantage pour un joueur de sa taille, dont le levier est déjà considérable.
Le plan de cordage serré en 18×20 joue également un rôle : il limite l’effet de fronde du cordage, ce qui stabilise la trajectoire du service à grande vitesse, un point clé quand on sert aussi fort que l’Allemand.
Même en partant d’un moule pro stock déjà plus lourd que la moyenne du circuit, l’équipe de Zverev ajoute encore de la masse pour atteindre ses spécifications finales.
Le plomb. Plusieurs bandes de plomb sont appliquées sur le tamis, dans des zones qui varient selon les sources consultées — certains observateurs évoquent le sommet du cadre, d’autres les positions latérales. Nous ne pouvons pas confirmer la localisation exacte, mais l’objectif rapporté est constant : renforcer la stabilité et le plow-through, la capacité du cadre à traverser la balle sans dévier à l’impact.
Le silicone. Comme la plupart des cadres pro stock, le manche de Zverev reçoit une injection de silicone, qui contribue au poids total et modifie légèrement le retour de vibrations, un procédé que nous détaillons également dans notre article sur le cordage de Jannik Sinner, où Head applique une préparation comparable.
Le cordage hybride. Zverev joue un montage à deux cordages : du Head Hawk Touch en jauge 1,25 mm dans les montants, tendu à 24 kilos, et du Babolat VS Touch, un boyau naturel, dans les travers, tendu à 25 kilos. Cette combinaison ajoute confort et toucher à un cordage par ailleurs très orienté contrôle — une nuance que notre article sur le cordage de Zverev ne détaille pas encore et qui mériterait d’y être ajoutée.
Sous contrat Head depuis l’enfance, Zverev a longtemps joué la ligne Speed avant de devenir, en 2019, le premier joueur du circuit à adopter la Gravity Pro — une raquette pensée en partie autour de son jeu. Pendant six ans, son pro stock est resté construit sur le même moule hérité de l’ancienne Speed MP, malgré les changements de nom commercial de la Gravity au fil des générations.
Le changement le plus notable de sa carrière matérielle est récent : le passage, fin 2025, à un nouveau moule plus rigide, confirmé par le joueur lui-même. Ce changement précède de quelques mois son premier titre du Grand Chelem, à Roland-Garros en juin 2026, puis sa finale à Wimbledon le mois suivant — sans que l’on puisse établir de lien de cause à effet entre le nouveau cadre et cette période faste, mais la coïncidence de calendrier mérite d’être signalée.
La Head Gravity Pro reste étroitement associée à Andrey Rublev, deuxième grand ambassadeur de la ligne aux côtés de Zverev, et par le passé à l’Australienne Ashleigh Barty avant sa retraite. Sur le terrain du cordage, notre article sur le cordage de Jannik Sinner rappelle que Zverev partage avec l’Italien le même monofilament Head Hawk Touch — un point commun entre deux joueurs Head aux philosophies de cadre pourtant opposées, comme le montre la comparaison avec la raquette de Jannik Sinner : cadre léger et maniable d’un côté, cadre lourd et stable de l’autre, pour deux styles de jeu tout aussi différents.
Le point de départ accessible reste la Head Gravity Pro vendue en magasin — Head a même lancé une édition limitée coproduite avec le joueur, la Gravity MP Zverev, dotée d’un design personnalisé. Attention toutefois : la version retail est nettement plus légère que son cadre de match, et la version 2025 a même vu son équilibre s’alléger encore pour plus de maniabilité.
Pour un joueur amateur, il est déconseillé de viser un swingweight aussi élevé que 360 sans y être progressivement habitué : notre guide sur quelle tension choisir pour sa raquette rappelle qu’un montage cohérent compte davantage que la simple imitation des chiffres d’un professionnel.
Le dossier Zverev illustre une trajectoire rare sur le circuit : celle d’un matériel resté quasiment figé pendant six ans, jusqu’à un ajustement final survenu au moment précis où la carrière du joueur basculait enfin vers son premier sommet.
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