Denis Shapovalov a battu Rafael Nadal à Montréal en 2017, à dix-huit ans et avec une invitation. Demi-finaliste de Wimbledon 2021, monté jusqu’à la 10e place mondiale, le gaucher canadien au revers à une main joue l’un des cadres les plus exigeants du circuit : 95 pouces carrés, le plus petit tamis de tout ce silo — et une tension de cordage parmi les plus basses.
Quelle raquette utilise Denis Shapovalov ?
Denis Shapovalov est sous contrat avec Yonex depuis l’été 2017. Il endosse commercialement le VCORE 95 dans sa génération courante.
Le cadre qu’il joue réellement est un pro stock construit sur le VCORE SV 95, la version sortie en 2017 — celle-là même qu’il a adoptée lors de son passage chez Yonex. Depuis, la ligne a connu plusieurs générations successives ; Shapovalov, lui, joue toujours le moule SV sous les peintures récentes.
Un détail permet de repérer ses raquettes sur les photos : les pro stocks comme le sien sont généralement brillants, là où les modèles commerciaux ont une finition mate. C’est délibéré — cela les distingue en atelier, et cela rend mieux à la télévision.
Il partage ce moule avec un autre joueur Yonex bien connu : Elena Rybakina joue un VCORE SV 100, la version au tamis plus large, comme nous le détaillons dans notre article sur la raquette d’Elena Rybakina.
Poids et équilibre de la raquette de Denis Shapovalov
Les relevés convergent sur un principe et divergent sur les chiffres. Un cordeur du circuit a indiqué 335 grammes non cordé avec surgrip, pour un équilibre à 30,4 cm ; une autre source avance 324 grammes non cordé.
En configuration de match, la première valeur donnerait environ 355 grammes cordé pour un équilibre à 31,5 cm, soit neuf points en manche. Le swingweight, lui, n’a jamais été mesuré publiquement — les estimations le situent autour de 335 à 340.
Le point remarquable n’est pas le poids, mais l’équilibre. Trente virgule quatre centimètres non cordé, c’est extrême : un joueur ayant vu Shapovalov faire la démonstration du point d’équilibre au doigt en est reparti convaincu que son cadre était l’un des plus en manche du circuit. Cela suppose beaucoup de masse dans le manche — grip en cuir, lestage — et seulement quelques grammes sous le protège-tamis.
La taille du tamis : 613 cm²
Le tamis de la raquette de Denis Shapovalov mesure 95 pouces carrés, soit environ 613 cm². C’est le plus petit format de ce silo, à égalité avec ceux de Novak Djokovic et de Daniil Medvedev, dont nous détaillons le montage dans notre article sur la raquette de Daniil Medvedev.
Un tamis aussi restreint réduit la tolérance sur les balles décentrées et impose un point de contact précis. En contrepartie, il offre une précision de ciblage maximale et une lisibilité totale de la trajectoire.
Yonex atténue partiellement cette exigence avec sa géométrie Isometric, une tête plus carrée qui élargit la zone de frappe efficace. Les testeurs relèvent d’ailleurs que le VCORE 95 se comporte davantage comme un 97 ou un 98 que comme un vrai midsize.
Plan de cordage : 16×20, une rareté
Le plan de cordage de la raquette de Denis Shapovalov est un 16×20 — seize montants, vingt traverses. C’est une configuration peu répandue, qui n’appartient qu’à une poignée de cadres sur le marché.
Elle occupe une position intermédiaire : plus fermée qu’un 16×19 classique, plus ouverte qu’un 18×20. Sur un tamis de 613 cm², cela produit un cordage très dense, qui abaisse fortement la trajectoire de sortie de balle.
C’est le même plan que celui de la Babolat Pure Aero 98 de Carlos Alcaraz et d’Arthur Fils, comme nous le détaillons dans notre article sur la raquette de Carlos Alcaraz — mais sur un tamis nettement plus petit, ce qui change tout.
Ce que sa raquette dit de son style de jeu
Le montage de Shapovalov est celui d’un joueur qui accepte de prendre des risques.
Un tamis de 613 cm², un plan de cordage dense et une masse élevée : rien, dans ce cadre, n’aide à faire passer la balle. Toute la puissance vient du geste — et Shapovalov en produit beaucoup, avec un coup droit et un revers à une main frappés en pleine extension, souvent depuis des positions déséquilibrées.
L’équilibre extrêmement en manche est ce qui rend l’ensemble jouable. Il préserve la vitesse du geste malgré la masse, condition indispensable pour un joueur dont le jeu repose sur l’accélération plutôt que sur la construction patiente.
La contrepartie est visible dans ses résultats : c’est un montage qui ne pardonne rien les jours sans. Un tamis plus large ou un plan plus ouvert lui donnerait une marge de sécurité qu’il a choisi de ne pas prendre.
Le revers à une main, révélateur du montage
Le revers à une main de Denis Shapovalov est l’un des plus spectaculaires du circuit, frappé avec une amplitude rare et un dégagement du bras qui le rend immédiatement reconnaissable.
Un revers à une main dispose d’un seul bras pour absorber la balle adverse : il réclame donc de la masse, faute de quoi le cadre recule à l’impact. Les 355 grammes de son montage y répondent. Le plan de cordage 16×20, lui, sécurise le revers long de ligne — le coup le plus risqué de son répertoire, et le plus payant.
C’est la même exigence que celle de Stefanos Tsitsipas, l’autre grand revers à une main de ce silo, dont nous détaillons le montage dans notre article sur la raquette de Stefanos Tsitsipas.
Personnalisation : le manche avant tout
Le lestage. La particularité de son dossier tient à la répartition. Là où la plupart des joueurs de ce silo plombent le tamis — 12 heures pour Mirra Andreeva, 3h/9h pour Casper Ruud —, Shapovalov concentre l’essentiel de la masse dans le manche, probablement sous un grip en cuir, avec seulement quelques grammes sous le protège-tamis pour équilibrer.
C’est ce qui produit son équilibre extrême et, paradoxalement, un swingweight modéré malgré un poids total élevé.
Le cordage. Shapovalov joue un plein cordage de Yonex Poly Tour Strike en jauge 1,25 mm, un monofilament orienté puissance et prise d’effet. C’est également le cordage que Ben Shelton utilise aux montants de son montage hybride, comme nous le détaillons dans notre article sur la raquette de Ben Shelton.
La tension. C’est l’autre élément frappant de ce dossier : environ 46 livres, soit 21 kilos. C’est l’une des valeurs les plus basses de tout ce silo, très loin des 28 kilos de Jannik Sinner. Des relevés plus anciens évoquaient 53 livres, ce qui suggère une évolution ou des ajustements selon les périodes.
La logique est claire : sur un tamis de 613 cm², une tension basse est nécessaire pour ouvrir la zone de frappe et récupérer un minimum de puissance.
L’historique raquette de Denis Shapovalov
Né à Tel-Aviv en avril 1999 et arrivé au Canada enfant, Shapovalov a construit sa carrière junior avec une Wilson Six One 95 en 18×20 — un cadre lourd et très en manche, qu’il a utilisé jusqu’à l’arrivée de la première livrée RF97.
C’est un héritage qu’il partage avec deux autres joueurs de ce silo : Daniil Medvedev et Andrey Rublev ont eux aussi débuté sur ce cadre, dont nous détaillons l’influence dans notre article sur la raquette d’Andrey Rublev. Trois joueurs, trois marques différentes aujourd’hui, une même philosophie de départ : lourd et très en manche.
Le basculement chez Yonex intervient à l’été 2017, quelques semaines après sa victoire retentissante sur Nadal à Montréal. Le VCORE SV 95 ne l’a plus quitté depuis — à une exception près : au début de la saison 2022, il a été aperçu en test avec un Yonex EZONE 98, sans donner suite.
Qui joue avec la même raquette ?
La ligne VCORE 95 s’adresse à un public restreint, et Shapovalov en est de très loin le visage le plus connu sur le circuit. Le format 95 pouces carrés est devenu rare au plus haut niveau : la plupart des joueurs sont montés à 97, 98 ou 100.
La famille VCORE dans son ensemble compte en revanche Elena Rybakina sur la version 100, tandis que les autres joueurs Yonex de ce silo — Ben Shelton, Casper Ruud, Jessica Pegula, Tommy Paul — sont sur les lignes EZONE ou VCORE 98.
Quelle raquette pour jouer comme Denis Shapovalov ?
Le Yonex VCORE 95, disponible en magasin dans sa génération courante, reprend le tamis, le plan de cordage 16×20 et l’esprit du cadre qu’il utilise. Les versions récentes sont d’ailleurs plus souples que le SV d’origine, ce qui les rend plus confortables.
Deux réserves. Un tamis de 613 cm² est le format le plus exigeant du marché : il ne pardonne aucune imprécision de centrage, et la plupart des joueurs amateurs seront mieux servis par un 98. Et le poids de 355 grammes en configuration de match n’est pas davantage transposable.
En revanche, sa tension de 21 kilos est excellente à copier, et c’est l’enseignement le plus utile de ce dossier : plus le tamis est petit, plus il faut descendre en tension pour conserver une zone de frappe vivable. Notre guide sur quelle tension choisir pour sa raquette et notre article sur la jauge du cordage permettent d’affiner ce réglage.
Le dossier Shapovalov illustre un principe rarement énoncé : au tennis, choisir un cadre difficile n’est pas une erreur. C’est une manière d’obliger son propre jeu à être meilleur.


