Raquette d’Elena Rybakina : le VCORE SV, un moule de 2018

La raquette d'Elena Rybakina - Crédits photo : Peter Menzel
La raquette d'Elena Rybakina - Crédits photo : Peter Menzel

Table des matières

Elena Rybakina est devenue en 2022 la première joueuse — et le premier joueur — du Kazakhstan à remporter un titre du Grand Chelem, à Wimbledon. Quatre ans plus tard, elle ajoutait l’Open d’Australie 2026 à un palmarès qui comprend aussi le Masters WTA 2025 et Indian Wells 2023. À 1,84 m, elle possède l’un des services les plus dévastateurs du circuit féminin. Sa raquette, elle, n’a pas changé depuis ses débuts professionnels — et n’est plus vendue depuis longtemps.

Quelle raquette utilise Elena Rybakina ?

Elena Rybakina est équipée de la tête aux pieds par Yonex : raquette, cordage, chaussures, sac, textile. Le modèle qu’elle endosse commercialement est le VCORE 100, dont elle est l’ambassadrice principale côté WTA, aujourd’hui décliné dans sa huitième génération.

Le cadre qu’elle joue réellement est un pro stock construit sur le moule VCORE SV 100, un modèle de 2018 retiré du catalogue depuis. Yonex a supprimé le suffixe « SV » de sa nomenclature lors d’une refonte de gamme : Rybakina joue donc une version ancienne de la raquette qu’elle promeut, sous la peinture du modèle courant.

La différence n’est pas cosmétique. La ligne SV était nettement plus sèche et plus rigide que les VCORE actuels, beaucoup mieux amortis. Plusieurs joueurs du circuit ont conservé ces anciens moules pour cette raison précise — Denis Shapovalov, par exemple, joue toujours un VCORE SV 95. Un détail permet de les distinguer visuellement : la gorge du cadre SV porte des rainures que les modèles récents n’ont plus.

Poids et équilibre de la raquette d’Elena Rybakina

C’est la limite de ce dossier, et il faut le dire d’emblée : les spécifications exactes de la raquette de Rybakina ne sont pas connues publiquement. Aucun cordeur, aucun spécialiste du matériel n’a communiqué de mesures effectuées sur ses cadres personnels, et ni Yonex ni la joueuse n’ont publié de chiffres.

Ce que l’on sait se limite au modèle commercial de référence. Le VCORE 100 pèse 300 grammes non cordé, soit environ 320 grammes cordé, avec un swingweight autour de 324 et une rigidité de 66 RA. Il est très probable que Rybakina alourdisse son cadre — la pratique est quasi universelle sur le circuit — mais aucun plomb n’est visible sur ses raquettes en match, ce qui suggère un plombage dissimulé sous les œillets du cordage. Nous préférons signaler cette incertitude plutôt que d’avancer des valeurs plausibles.

C’est un contraste net avec le dossier d’Aryna Sabalenka, dont plusieurs exemplaires personnels ont été mesurés et dont nous détaillons les spécifications précises dans notre article sur la raquette d’Aryna Sabalenka.

La taille du tamis : 645 cm²

Le tamis de la raquette d’Elena Rybakina mesure 100 pouces carrés, soit 645 cm² — l’un des formats les plus généreux de cette série, à égalité avec ceux de Casper Ruud ou de Jack Draper, et nettement plus large que les 632 cm² de Sabalenka.

Yonex ajoute à cela sa géométrie maison, la forme Isometric, une tête plus carrée que les cadres traditionnels qui élargit d’environ 7 % la zone de frappe efficace. Sur un tamis déjà large, l’effet cumulé donne l’une des surfaces les plus tolérantes du circuit professionnel.

Le choix peut surprendre pour une frappeuse de cette puissance. Il s’explique par la nature de son jeu : Rybakina prend la balle très tôt et frappe à plat, un schéma qui laisse peu de marge de timing. Un tamis large pardonne les décalages de quelques centimètres qu’une prise de balle aussi précoce rend inévitables.

Plan de cordage : 16×19, l’ouverture assumée

Le plan de cordage de la raquette d’Elena Rybakina est un 16×19, le plan ouvert standard de toute la ligne VCORE. Des cordes plus espacées mordent davantage la balle, se déplacent puis reviennent en place à l’impact — le mécanisme même de la prise d’effet.

C’est exactement l’inverse du choix de Sabalenka, l’autre grande frappeuse du circuit féminin, qui joue un 18×20 très fermé. Deux joueuses au profil de puissance comparable, deux philosophies opposées : l’une bride son matériel pour contenir sa frappe, l’autre lui laisse toute latitude. Notre article sur la jauge du cordage explique pourquoi ces deux réglages produisent des balles si différentes.

Ce que sa raquette dit de son style de jeu

Le montage de Rybakina obéit à une logique de puissance assumée, corrigée par la tension. Le cadre large, le plan ouvert et le tamis Isometric maximisent la restitution d’énergie et la tolérance. La tension du cordage, très élevée, vient ensuite refermer la marge d’erreur.

Elle corde en effet autour de 56 livres, soit environ 25 kilos, en plein cordage de Yonex Poly Tour Fire en jauge 1,25 mm. C’est une valeur haute pour le circuit féminin, et elle est indispensable ici : sans elle, un cadre aussi ouvert enverrait la balle largement hors des limites du court.

Le résultat est un jeu à faible taux de fautes pour quelqu’un qui frappe aussi fort — l’une des caractéristiques les moins commentées de son tennis, et pourtant la plus déterminante dans ses grands résultats.

Le service, révélateur du montage

Le service de Rybakina est son arme absolue, et le montage y contribue directement. À 1,84 m, elle dispose déjà d’un levier considérable ; un cadre lourd ralentirait l’accélération finale du bras, là où la vitesse de balle se joue. Le poids contenu du VCORE, associé à sa géométrie aérodynamique, laisse le geste faire le travail.

La tension élevée intervient au moment du contact : elle limite l’effet de fronde du cordage et stabilise la trajectoire d’une balle lancée à très grande vitesse. C’est la même logique que celle de Ben Shelton, autre grand serveur de la maison Yonex, dont nous détaillons le montage dans notre article sur la raquette de Ben Shelton — tension extrême pour contenir une puissance qui n’a pas besoin d’aide.

Personnalisation : un dossier volontairement discret

Le plombage. Aucun plomb n’est visible sur les raquettes de Rybakina pendant les matchs. Cela ne signifie pas qu’il n’y en a pas : la pratique consistant à glisser la masse sous les œillets du cordage, invisible de l’extérieur, est courante sur le circuit. Nous n’avons trouvé aucune source confirmant l’emplacement ou la quantité.

Le cordage. Rybakina joue un plein cordage de Yonex Poly Tour Fire en jauge 1,25 mm, dans sa version rouge. C’est un monofilament rond, orienté puissance et prise d’effet, plus souple au toucher que la plupart des polyesters de contrôle. Un choix cohérent avec la tension élevée : le cordage apporte le confort que la tension retire.

Le reste. Un surgrip Yonex Super Grap et un antivibrateur Yonex noir complètent le montage — des détails mineurs, mais qui achèvent un équipement intégralement fourni par un seul équipementier, cas plus rare qu’il n’y paraît sur le circuit.

L’historique raquette d’Elena Rybakina

La continuité est totale. Rybakina joue le moule VCORE SV 100 depuis son passage professionnel en 2016, et n’en a jamais changé. Seules les livrées commerciales ont évolué, au rythme des générations successives de VCORE — sixième, septième, aujourd’hui huitième.

Ce cadre l’a accompagnée à chaque étape : le titre à Wimbledon en 2022, à 23 ans, qui fait d’elle la première championne du Grand Chelem de l’histoire du Kazakhstan ; la finale de l’Open d’Australie 2023 perdue face à Sabalenka ; son premier WTA 1000 à Indian Wells la même année, où elle devient la première joueuse à battre les numéros un et deux mondiales dans un même tournoi ; puis le Masters WTA 2025 et l’Open d’Australie 2026.

Une seule zone d’ombre subsiste : quelques sources isolées évoquent un VCORE 95, au tamis nettement plus petit. Elles sont minoritaires et contredites par l’ensemble des analyses de matériel disponibles ; nous retenons le VCORE SV 100 tout en signalant ce désaccord.

La raquette d'Elena Rybakina à Roland-Garros 2025 - Crédits photo : Kuberzog
La raquette d’Elena Rybakina à Roland-Garros 2025 – Crédits photo : Kuberzog

Qui joue avec la même raquette ?

Le VCORE 100 est l’un des cadres les plus répandus du circuit féminin. Donna Vekić, Camila Giorgi et, par le passé, Angelique Kerber ou Caroline Garcia figurent parmi les joueuses associées à ce modèle. Fait notable relevé par plusieurs observateurs : quasiment aucun joueur ATP ne l’utilise, la ligne VCORE étant surtout portée côté masculin par ses versions plus petites, comme le VCORE SV 95 de Denis Shapovalov.

Yonex équipe par ailleurs plusieurs joueurs de cette série sur d’autres lignes : Ben Shelton et Casper Ruud sur l’EZONE, comme nous le détaillons dans notre article sur la raquette de Casper Ruud, et Frances Tiafoe sur le Percept, dossier que nous traitons dans notre article sur la raquette de Frances Tiafoe. Trois lignes, trois profils de jeu très différents au sein d’une même écurie.

Quelle raquette pour jouer comme Elena Rybakina ?

Le Yonex VCORE 100, disponible partout, reste l’approximation la plus directe de son cadre — même s’il s’agit d’une génération plus récente et mieux amortie que le moule SV qu’elle joue réellement. À 300 grammes non cordé, c’est aussi l’un des cadres les plus accessibles de cette série.

Une réserve, en revanche, sur la tension. Les 25 kilos de Rybakina supposent une vitesse de bras que très peu de joueurs amateurs possèdent ; sur un cadre déjà peu puissant à cette tension, la balle restera courte et l’effort deviendra vite épuisant. Notre guide sur quelle tension choisir pour sa raquette recommande de descendre nettement, autour de 22 à 23 kilos selon votre niveau, et notre article sur le cordeur de raquette de tennis détaille ce qu’implique un réglage précis.

Le dossier Rybakina illustre une constante de cette série : les cadres qui gagnent des Grands Chelems sont souvent ceux que les catalogues ont oubliés depuis des années.

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