Karen Khachanov a battu Novak Djokovic en finale du Masters 1000 de Paris-Bercy en 2018, décroché la médaille d’argent olympique à Tokyo et atteint la 8e place mondiale. Il a passé l’essentiel de sa carrière avec le pro stock Wilson le plus célèbre du circuit — puis, en 2025, il est passé sur un cadre qui n’existe encore dans aucun catalogue.
Quelle raquette utilise Karen Khachanov ?
Karen Khachanov est sous contrat avec Wilson. Pendant la majeure partie de sa carrière, il a joué le Blade Pro, c’est-à-dire le moule pro stock H22 en plan de cordage 18×20 — l’un des cadres les plus recherchés du circuit, partagé au fil des années par Grigor Dimitrov, Kei Nishikori ou Pablo Carreño Busta.
Depuis 2025, la situation a changé. Selon les spécialistes du matériel, Khachanov est passé sur un nouveau cadre Wilson orienté effet, désigné en interne sous le nom de code « Python », toujours en 18×20. Ce modèle n’a pas encore été commercialisé.
C’est un cas rare dans ce silo, et il vaut d’être souligné. La plupart des joueurs cachent un cadre ancien sous une peinture récente — le moule de Novak Djokovic date des années 1990, celui de Taylor Fritz de 2012. Khachanov fait l’inverse : il joue un cadre plus récent que tout ce qui est en vente. Ni ancien ni commercial : un prototype.
Un détail complète le tableau : il utiliserait un cordage noir répondant au nom de Stringergy, une marque confidentielle. Nous n’avons pas pu confirmer cette information.
Poids et équilibre de la raquette de Karen Khachanov
Les spécifications de son ancien cadre sont bien documentées, grâce notamment à une vidéo publiée par son propre préparateur de raquettes. Le Blade Pro de Khachanov affichait 310 grammes non cordé sans surgrip, pour un équilibre à 31,8 cm et un swingweight compris entre 335 et 340 une fois cordé.
En configuration de match, avec cordage, surgrip et antivibrateur, cela donne environ 335 grammes, un équilibre autour de 33 cm et un swingweight de 340.
C’est un montage léger pour le circuit — nettement en dessous des 350 grammes de Matteo Berrettini ou des 365 grammes d’Andrey Rublev, dont nous détaillons le cas dans notre article sur la raquette d’Andrey Rublev. Une explication tient à sa morphologie : à 1,98 m avec des bras très longs, Khachanov dispose d’un levier considérable et n’a pas besoin de masse supplémentaire pour produire de la puissance.
Ces chiffres correspondent en réalité à peu de chose près à ceux du Blade Pro de série, avec un peu de masse ajoutée dans le manche pour accentuer l’équilibre vers la main. Nous ne savons pas s’il a conservé ces spécifications sur son nouveau cadre.
La taille du tamis : 632 cm²
Le tamis du Blade Pro mesure 98 pouces carrés, soit environ 632 cm² — le format resserré et polyvalent de la ligne Blade.
Associé au plan de cordage le plus dense de la gamme, ce tamis produit un cadre de contrôle pur, qui n’offre aucune assistance en puissance. C’est cohérent avec un joueur dont le service dépasse régulièrement les 220 km/h et dont le coup droit compte parmi les plus lourds du circuit : le matériel n’a rien à ajouter.
Plan de cordage : 18×20, avant comme après
Le plan de cordage de la raquette de Karen Khachanov est un 18×20 — et c’est le paramètre qu’il a tenu à conserver lors de son changement de cadre en 2025.
C’est révélateur. Changer de moule tout en gardant le même plan de cordage signifie qu’il cherchait autre chose — davantage d’effet, vraisemblablement, puisque le Python est décrit comme un cadre orienté rotation — sans renoncer au contrôle de trajectoire que procure un plan aussi dense. Notre article sur la jauge du cordage détaille ce compromis.
Il rejoint sur ce point le petit groupe des joueurs en 18×20 de ce silo : Stefanos Tsitsipas, Jakub Menšík, Aryna Sabalenka, Novak Djokovic et Alexander Zverev.
Ce que sa raquette dit de son style de jeu
Le montage de Khachanov obéit à une logique de contrôle sans lest.
Le tamis resserré et le plan 18×20 verrouillent la trajectoire. L’équilibre très en manche préserve la vitesse du geste, en particulier au service. Le poids statique modéré, enfin, évite d’alourdir un bras déjà très long — sur un levier de cette taille, chaque gramme en tête compte double.
C’est un montage adapté à un joueur qui frappe à plat et cherche à raccourcir les points. Khachanov ne construit pas longuement : il sert fort, prend l’initiative au deuxième coup, et vise près des lignes. Un cadre plus lourd ralentirait cette prise d’initiative sans rien lui apporter en puissance.
Le service, révélateur du montage
Le service de Karen Khachanov est son arme principale, et le coup où l’équilibre en manche prend tout son sens. Une raquette dont la masse est concentrée vers la main tourne plus vite dans le geste de lancer-frappe, ce qui se traduit directement en vitesse de balle — un avantage décisif quand on mesure 1,98 m.
Le plan de cordage 18×20 intervient ensuite. Sur une première balle lancée à cette vitesse, il limite l’effet de fronde du cordage et stabilise la trajectoire. C’est le même raisonnement que celui d’Alexander Zverev, autre serveur de grande taille en 18×20, dont nous détaillons le montage dans notre article sur la raquette d’Alexander Zverev.
Personnalisation : peu de plomb, un antivibrateur inattendu
Le lestage. L’essentiel de la customisation consiste en un ajout de masse dans le manche, destiné à accentuer l’équilibre vers la main. Le cadre reste par ailleurs proche des spécifications de série — un cas relativement rare sur le circuit.
Le cordage. À l’époque du Blade Pro, Khachanov jouait un plein cordage de Luxilon Alu Power en jauge 1,25 mm, tendu à 25 kilos aux montants et 23 kilos aux travers. C’est le monofilament le plus répandu du circuit, également utilisé par Coco Gauff, Jack Draper ou Mirra Andreeva, et par Novak Djokovic aux travers de son montage hybride, comme le rappelle notre article sur le cordage de Novak Djokovic.
Depuis le passage au Python, un cordage noir non identifié aurait pris le relais. Là encore, aucune confirmation.
L’antivibrateur. Détail savoureux relevé par les spécialistes : Khachanov utilise un Kimony Quake Buster, un modèle japonais peu répandu sur le circuit. Un choix personnel plutôt qu’un produit fourni par son équipementier.
L’historique raquette de Karen Khachanov
Le parcours comporte trois étapes. Ses débuts se font avec un pro stock Head Radical, vraisemblablement le moule Innegra. Suit un passage chez Wilson à partir de 2018, l’année de sa percée — Marseille, Moscou, puis le titre à Paris-Bercy face à Djokovic — avec le Blade Pro qui l’accompagnera pendant sept ans.
Le troisième chapitre s’ouvre en 2025 avec le Python. Changer de cadre à trente ans, après une carrière entière construite sur le même moule, est un pari que très peu de joueurs prennent — Tommy Paul l’a fait en passant chez Yonex, comme nous le racontons dans notre article sur la raquette de Tommy Paul, mais ils sont rares.
Ce matériel l’a accompagné à chaque étape : sept titres ATP, le Masters 1000 de Paris-Bercy 2018, la médaille d’argent olympique à Tokyo en 2021, une demi-finale à l’US Open 2022 et la 8e place mondiale en juillet 2019.
Qui joue avec la même raquette ?
Le moule H22, son ancien cadre, est l’un des pro stocks les plus répandus de l’histoire récente. Il a équipé Grigor Dimitrov, Kei Nishikori, Pablo Carreño Busta, Sebastian Korda ou Lorenzo Sonego. Attention toutefois à une confusion fréquente : Tommy Paul et Stefanos Tsitsipas sont régulièrement décrits comme des utilisateurs du H22, alors qu’ils jouent en réalité de véritables moules Blade, comme nous le détaillons dans notre article sur la raquette de Stefanos Tsitsipas.
Sur le Python, en revanche, Khachanov est pour l’instant à peu près seul — c’est le principe même d’un prototype.
Quelle raquette pour jouer comme Karen Khachanov ?
C’est ici que le dossier se complique. Son cadre actuel n’est pas achetable, tout simplement parce qu’il n’existe pas encore dans le commerce.
Deux solutions de repli. Le Wilson Blade 98 Pro, version commercialisée du moule H22 en 18×20, correspond à son ancien cadre — et Wilson a précisément lancé ce modèle pour rendre accessible ce pro stock légendaire. À défaut, le Blade 98 V10 en 18×20 reste une base proche dans l’esprit.
Bonne nouvelle sur le poids : à 335 grammes cordé, son montage est l’un des plus accessibles parmi les grands frappeurs de ce silo. La tension de 25 kilos, en revanche, associée à un Alu Power dans un cadre 18×20, reste exigeante pour le bras : notre guide sur quelle tension choisir pour sa raquette recommande de descendre nettement.
Le dossier Khachanov ouvre une question que ce silo n’avait pas encore rencontrée : que faire quand la raquette d’un joueur du top 20 n’est pas un vieux cadre introuvable, mais un cadre qui n’est pas encore né ?


