Matériel

Cordage de Nicolas Jarry

Petit-fils de Jaime Fillol, ancien numéro un chilien des années 1970, Nicolás Jarry a atteint en mai 2024 la finale du Masters 1000 de Rome — la première d’un Chilien à ce niveau depuis son grand-père. À 2,01 m, il reste l’un des gabarits les plus impressionnants du circuit, et l’un des services les plus lourds à affronter. Trois titres ATP, une 16e place mondiale obtenue en mai 2024, et un jeu construit sur une puissance brute rarement égalée : le profil de Jarry pose une question simple à son matériel. Comment canaliser une telle force sans la brider ? Le cordage de Nicolás Jarry, un Luxilon 4G réputé pour son extrême stabilité, apporte une réponse cohérente.

Quel cordage utilise Nicolás Jarry ?

Jarry joue le Luxilon 4G, en full bed — le même cordage sur les montants et les travers. C’est confirmé par Tennisnerd, qui a documenté son matériel à plusieurs reprises.

Le 4G occupe une place particulière dans la gamme Luxilon. Contrairement à l’ALU Power, plus répandu sur le circuit et plus centré sur la prise d’effet, le 4G est un polyester construit avant tout autour de deux qualités : un contrôle extrême et une tenue de tension exceptionnelle. Là où la plupart des polyesters perdent 10 à 15 % de leur tension dans les premières heures de jeu, le 4G conserve ses propriétés mécaniques nettement plus longtemps — un avantage réel pour un joueur qui frappe fort et sollicite fortement son cordage à chaque match.

C’est un cordage minoritaire sur le circuit par rapport à l’ALU Power ou au RPM Blast, mais identifié chez plusieurs joueurs recherchant avant tout la stabilité : Stefanos Tsitsipas, Alex de Minaur et Grigor Dimitrov l’ont notamment utilisé.

La tension du cordage de Nicolás Jarry

Une seule source documentée avance une valeur précise : environ 23 kg (51 lbs) sur l’ensemble du tamis, selon Tennis Passionate. Tennisnerd, de son côté, précise explicitement ne pas connaître la tension utilisée par le joueur.

Il faut donc rester prudent : nous n’avons pas trouvé de seconde source indépendante confirmant ce chiffre. Ce que l’on peut affirmer avec plus de certitude, c’est que ce type de réglage — dans la moyenne haute du circuit, qui se situe aujourd’hui entre 20 et 23 kg pour un montage full poly selon les relevés les plus récents — est cohérent avec un joueur qui génère naturellement une vitesse de balle considérable et qui a donc davantage besoin de contrôle que de puissance supplémentaire. Les logiques générales de ces arbitrages sont détaillées dans notre guide sur quelle tension choisir pour sa raquette de tennis.

Ce que ce cordage apporte au jeu de Nicolás Jarry

Jarry développe un tennis offensif fondé sur une puissance rare, en particulier au service et en coup droit, complété par une qualité de déplacement supérieure à la moyenne pour un joueur de son gabarit. Ce profil impose une exigence claire : un cordage qui canalise l’impact plutôt que d’en rajouter.

C’est exactement le rôle du 4G. Sa faible élasticité et son comportement très linéaire limitent l’effet trampoline sur les frappes appuyées, ce qui permet à Jarry de s’engager pleinement sur son service et sa première balle de coup droit sans craindre la sur-longueur. La tenue de tension exceptionnelle de ce cordage joue ici un rôle supplémentaire : sur un match long, un joueur qui frappe aussi fort sollicite son cordage de façon intensive, et un polyester qui se détend vite perdrait rapidement de sa capacité de contrôle — un problème que le 4G limite mieux que la plupart de ses concurrents.

Un chiffre illustre bien cette logique de puissance à canaliser : Jarry a été crédité de services dépassant régulièrement les 220 km/h sur le circuit, l’un des plus lourds du top 50 mondial ces dernières saisons.

Le tamis de la raquette : Wilson Blade 98 18×20

Jarry joue un pro stock Wilson, repeint aux couleurs de la Blade 98 v8 commerciale, mais construit sur un plan de cordage 18×20 — plus fermé que celui du modèle de série, généralement vendu en 16×19 ou 18×20 selon les versions.

Des relevés effectués sur des exemplaires personnels du joueur, relayés par la communauté de cordeurs amateurs, indiquent des spécifications non cordées d’environ 323 grammes, un équilibre à 32 cm (6 points en manche) et un poids en balancier autour de 320 — soit un cadre nettement plus lourd que la version commerciale, cohérent avec un profil de très gros frappeur.

Un plan 18×20 est le plus dense du marché : il privilégie le contrôle et la durabilité au détriment de la prise d’effet, par rapport à un plan plus ouvert. Combiné à un tamis de 98 pouces carrés (630 cm²) et à un cordage aussi orienté contrôle que le 4G, l’ensemble dessine un profil cohérent et redondant sur un seul objectif : verrouiller la trajectoire d’un joueur qui n’a besoin d’aucune aide matérielle pour générer de la puissance. Chaque élément du montage — cadre, plan de cordage, cordage lui-même — pousse dans la même direction.

Quels joueurs partagent une approche similaire à celle de Nicolás Jarry ?

Le 4G reste un cordage minoritaire, mais son profil d’utilisateurs est cohérent :

  • Stefanos Tsitsipas et Alex de Minaur l’ont également utilisé, pour des raisons de tenue de tension plutôt que pour canaliser une puissance extrême comme chez Jarry — leurs profils de jeu diffèrent nettement du sien.
  • Sur le plan du gabarit et de la puissance de service, Jack Draper est le comparant le plus pertinent, bien que le Britannique corde en Luxilon ALU Power plutôt qu’en 4G — les deux joueurs partagent néanmoins la même logique : un cordage choisi pour sa capacité à contenir une frappe déjà surpuissante.

Ce qui distingue Jarry de la plupart des gros frappeurs du circuit, c’est ce niveau de redondance dans le choix matériel : peu de joueurs cumulent un plan 18×20, un cadre alourdi et un cordage aussi spécifiquement construit pour la tenue de tension.

Reste une trajectoire à surveiller. Redescendu à la 121e place mondiale à l’automne 2025 après avoir culminé au 16e rang en mai 2024, Jarry a également traversé une suspension de onze mois en 2020 pour une violation antidopage reconnue comme involontaire par la suite. À 30 ans, avec une finale de Masters 1000 déjà à son actif, la question n’est plus matérielle : c’est de savoir si le Chilien peut retrouver la régularité qui lui a permis d’atteindre ce sommet.

Bertrand Connin

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