Lorenzo Musetti : portrait de l’élégance italienne freinée par les blessures

Raquette et cordage de Lorenzo Musetti - Crédits photo : Aarublevnews
Raquette et cordage de Lorenzo Musetti - Crédits photo : Aarublevnews

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Le 12 janvier 2026, Lorenzo Musetti atteint la 5e place mondiale, son meilleur classement en carrière, porté par une progression continue depuis deux saisons. Quelques jours plus tard, à l’Open d’Australie, il élimine Novak Djokovic en quarts de finale — mais se blesse à la cuisse droite en plein match. Ce jour-là résume à lui seul l’année 2026 de l’Italien : au sommet de son art, et immédiatement rattrapé par son corps. Portrait d’un joueur au style rare, considéré comme l’un des derniers artisans du revers à une main sur le circuit, et dont la trajectoire vers les sommets du tennis mondial n’a cessé d’être interrompue par les pépins physiques.

Une saison 2026 en montagnes russes

Après sa victoire retentissante sur Djokovic à Melbourne, la blessure contractée au quadriceps droit contraint Musetti à l’abandon avant les demi-finales. Il déclare ensuite forfait pour la tournée sud-américaine, revient diminué à Indian Wells, puis entame sa saison sur terre battue à Monte-Carlo sans être à 100 % de ses capacités. Le coup le plus dur survient au Masters 1000 de Rome, son tournoi à domicile : battu par Casper Ruud en huitièmes de finale alors qu’il joue quasiment sur une jambe, il apprend le lendemain souffrir d’une lésion au muscle droit fémoral. Ce diagnostic le contraint à déclarer forfait pour l’ATP 500 de Hambourg, puis pour Roland-Garros, où il ne peut défendre sa demi-finale de 2025.

La suite de la saison ne lui laisse guère de répit : nouveau forfait pour le tournoi du Queen’s, puis pour Wimbledon, où il avait pourtant atteint les demi-finales en 2024. Il ne retrouve la compétition qu’à la fin du mois de juillet, au tournoi de Washington, où il élimine son compatriote Matteo Arnaldi puis Aleksandar Vukic pour retrouver les quarts de finale d’un tournoi ATP pour la première fois depuis avril, avant de s’incliner face au jeune espagnol Rafael Jodar. Cette cascade de blessures a fait chuter Musetti hors du top 10, lui qui culminait encore à la 5e place mondiale sept mois plus tôt.

Un palmarès construit sur la régularité en Grand Chelem

Professionnel depuis 2019, Lorenzo Musetti s’est fait connaître dès 2020 en battant Stan Wawrinka au Masters 1000 de Rome à seulement 18 ans, avant d’intégrer le top 100 quelques mois plus tard. Son premier titre ATP arrive en 2022 à Hambourg, au terme d’une finale spectaculaire face à Carlos Alcaraz, complété la même année par un second sacre à Naples. Si son palmarès en titres reste encore modeste avec deux trophées ATP en simple, sa régularité en Grand Chelem s’est nettement affirmée : demi-finaliste à Wimbledon en 2024, puis à Roland-Garros en 2025, quart de finaliste à l’US Open 2025 et à l’Open d’Australie 2026. Il a également décroché la médaille de bronze olympique à Paris en 2024, sur la terre battue de Roland-Garros, en battant Novak Djokovic lors du match pour la troisième place.

Sur le plan collectif, Musetti a été un acteur clé des deux premiers sacres consécutifs de l’Italie en Coupe Davis, en 2023 et 2024, aux côtés de Jannik Sinner. Il a par ailleurs décroché son premier titre ATP en double en 2026, au tournoi de Hong Kong, associé à son compatriote Lorenzo Sonego, quelques jours après avoir perdu la finale du simple face à Alexander Bublik.

Raquette de Lorenzo Musetti - Crédits photo : Sagittarius A
Raquette de Lorenzo Musetti – Crédits photo : Sagittarius A

Style de jeu : l’un des derniers revers à une main de l’élite mondiale

Lorenzo Musetti fait partie des rares joueurs du top 20 mondial à jouer avec un revers à une main, un coup devenu minoritaire sur le circuit professionnel mais qui reste associé à une certaine élégance de jeu, dans la lignée d’un Richard Gasquet, lui aussi réputé pour la pureté de ce geste technique. Chez l’Italien, ce revers permet une variété de trajectoires rare : slice défensif pour casser le rythme, revers lifté croisé pour prendre l’initiative, ou revers à la volée exécuté avec une touche presque instinctive.

Le jeu de Musetti se distingue surtout par sa richesse tactique plutôt que par la puissance brute. Il excelle dans l’amortie, les changements de rythme et la construction de point, des qualités qui font de lui un joueur particulièrement dangereux sur terre battue, sa surface de prédilection, où il peut dérouler tout son registre technique. Ce toucher de balle exceptionnel doit beaucoup à son matériel : sa raquette, une Head Boom Pro personnalisée, est associée à un cordage hybride poly-poly pensé spécifiquement pour servir son revers à une main. Sa victoire sur Novak Djokovic à l’Open d’Australie 2026 illustre bien cette capacité à combiner touche de balle et sens tactique face à des adversaires expérimentés, quand bien même son revers défensif rappelle par certains aspects celui, à deux mains, du Serbe — un jeu que l’on retrouve documenté dans notre article sur le cordage de Novak Djokovic. Moins à l’aise sur gazon, où il n’a jamais dépassé le troisième tour avant sa demi-finale de 2024 à Wimbledon, Musetti reste avant tout un joueur de terre battue, comme le confirme son entrée dans le tennis professionnel au Masters 1000 de Rome, théâtre à la fois de sa première grande victoire en 2020 et de sa blessure la plus sérieuse en 2026.

Le troisième homme d’un vivier italien exceptionnel

Dans la razzia collective du tennis italien masculin, Lorenzo Musetti occupe une position particulière : moins dominant que Jannik Sinner, moins en forme que Flavio Cobolli sur la dernière année, mais reconnu comme l’un des joueurs au potentiel le plus élevé de sa génération lorsqu’il est en pleine possession de ses moyens physiques. Sa demi-finale à Roland-Garros en 2025, où il s’était incliné face à Carlos Alcaraz après avoir mené deux sets à zéro, reste la meilleure illustration de ce potentiel encore inégalement exploité.

Perspectives

À 24 ans, Lorenzo Musetti doit désormais reconstruire un classement ATP fragilisé par une saison quasiment sacrifiée sur le plan physique. Son retour encourageant à Washington, après trois mois d’absence, ouvre la voie à une fin de saison où l’objectif principal ne sera plus le classement mais la continuité : enchaîner les tournois sans nouvelle alerte physique. Si son corps le lui permet, la variété et l’élégance de son jeu, rares sur le circuit actuel, pourraient enfin s’exprimer sur une saison pleine.

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