Jiri Lehecka - Crédits photo : si.robi
En janvier 2023, à l’Open d’Australie, Jiří Lehečka faisait sensation en atteignant les quarts de finale à seulement 21 ans, battant au passage Borna Ćorić, Cameron Norrie et Félix Auger-Aliassime. Trois ans plus tard, en mars 2026, le Tchèque disputait la finale du Masters 1000 de Miami face à Jannik Sinner — le sommet de sa carrière à ce jour, qui l’a propulsé à la 12e place mondiale. Mais ce qui distingue vraiment Lehečka de ses adversaires n’est pas seulement la puissance de son coup droit, l’un des plus lourds du circuit : c’est son cordage, tendu à des valeurs que même les plus gros frappeurs du top 20 n’osent pas approcher.
Lehečka joue le Luxilon Big Banger ALU Power, en full bed — le même cordage sur les montants et les travers. C’est confirmé par de multiples sources gear indépendantes (Tennisnerd, Tennis Passionate). C’est l’un des cordages les plus utilisés du circuit professionnel, un monofilament co-polymère réputé pour sa réponse directe et sa capacité à limiter l’effet trampoline sur les frappes appuyées.
Sur ce point, rien ne distingue Lehečka de dizaines d’autres joueurs du top 100. C’est sur la tension que son montage devient exceptionnel.
C’est là que réside toute la singularité du matériel de Lehečka. Selon Tennisnerd, il a été observé jouant avec des tensions dépassant 30 kg (plus de 62 lbs), et selon Dad Racket, sa tension aurait atteint 35/33 kg lors de l’Open d’Australie 2023. Pour situer l’ampleur de ce chiffre : la moyenne du circuit ATP pour un montage full polyester se situe aujourd’hui entre 22 et 24 kilos. Lehečka joue donc 10 à 12 kilos au-dessus de la moyenne — un écart qui n’a pratiquement aucun équivalent chez un joueur du top 20.
Cette singularité a une origine précise, racontée par son coach Michal Navrátil à l’ATP Tour : à leurs débuts ensemble, quand Lehečka évoluait encore avec une autre marque de raquette, sa tension était de 24/23 kg — une valeur banale sur le circuit. Le problème, c’est qu’il cassait ses cordages en dix à quinze minutes de jeu, parfois avant même le premier changement de balles. Face à ce problème de casse chronique, l’équipe a progressivement fait monter la tension, jusqu’à atteindre des valeurs extrêmes qui ont fini par devenir la signature du joueur plutôt qu’un simple correctif technique.
C’est un renversement complet de la logique habituelle du cordage. D’ordinaire, une tension élevée sert à sécuriser le contrôle et la trajectoire — c’est le raisonnement que l’on retrouve chez la plupart des joueurs de ce site, à l’image de Karen Khachanov, qui monte volontairement son ALU Power à 25 kg. Chez Lehečka, l’origine du réglage est différente : la tension extrême a d’abord été une réponse à un problème de durabilité, avant de devenir un outil de canalisation de sa puissance brute. Les logiques générales de réglage de tension sont détaillées dans notre guide sur quelle tension choisir pour sa raquette de tennis, mais le cas de Lehečka dépasse largement le cadre de ces recommandations standard — un point sur lequel nous reviendrons plus bas.
Aucune source ne précise la jauge exacte utilisée par Lehečka sur ce montage. L’ALU Power est le plus souvent disponible en 1,25 mm sur le circuit, jauge cohérente avec les standards observés chez la plupart des joueurs utilisant ce cordage, mais rien ne permet de confirmer ce diamètre précis pour Lehečka plutôt qu’une version plus épaisse, qui serait pourtant logique compte tenu de son problème récurrent de casse.
Lehečka développe un tennis de fond de court agressif, construit sur un service puissant et un coup droit parmi les plus lourds du circuit. Selon des données statistiques relayées par l’ATP Tour, sa vitesse moyenne de coup droit atteignait 127 km/h avec une rotation moyenne de 2 992 tours par minute sur une période de 52 semaines en 2023 — une combinaison de vitesse et d’effet qui le plaçait déjà, à l’époque, dans la même catégorie que les plus gros frappeurs du circuit.
Un tel niveau de frappe pose un problème mécanique concret : à vitesse de raquette égale, un cordage classique se déforme davantage et absorbe une partie de l’énergie transmise à la balle, au prix d’une usure accélérée. En montant à des tensions aussi extrêmes, Lehečka réduit drastiquement l’amplitude de déformation des cordes à l’impact, ce qui limite l’usure par frottement aux points de croisement — la cause principale de la casse rapide qu’il rencontrait à ses débuts.
L’autre effet, recherché celui-là, est le contrôle. Une tension aussi élevée réduit l’effet trampoline à son minimum : la balle reste moins longtemps au contact du cordage, ce qui rend la trajectoire beaucoup plus prévisible pour un joueur qui frappe déjà à pleine puissance. C’est un principe similaire à celui qui guide Karen Khachanov ou Jack Draper, mais poussé chez Lehečka à un niveau que peu de joueurs professionnels tolèrent.
Il faut noter une évolution significative depuis les extrêmes de 2023. Le témoignage de son coach évoque un processus progressif de recherche de contrôle, et rien n’indique que Lehečka continue de jouer systématiquement à 35 kg lors de ses meilleures performances récentes, comme sa finale de Miami en mars 2026. Il est probable que le réglage se soit stabilisé à une valeur toujours très élevée pour le circuit, mais inférieure aux pics observés en 2023 — sans que nous disposions d’un chiffre précis et récent pour le confirmer.
Lehečka est l’ambassadeur de la Wilson Pro Staff 97 V14, mais le cadre qu’il utilise réellement en compétition est tout autre : un pro stock construit sur le moule du Wilson Six One 95, repeint dans la décoration Pro Staff Classic. C’est un point que Tennisnerd a lui-même signalé comme une énigme : le Six One 95 n’a historiquement existé qu’en plans de cordage 16×18 et 18×20, or le cadre de Lehečka présente un plan 16×20, une configuration qui ne correspond à aucune version commerciale connue de ce moule.
Un tamis de 95 pouces carrés (613 cm²) est très petit — l’un des plus réduits du circuit, à comparer avec celui de Daniil Medvedev ou de Novak Djokovic. Il privilégie la précision absolue au détriment de toute tolérance sur les frappes décentrées. Un plan 16×20, bien que légèrement plus ouvert qu’un 18×20, reste dense et orienté contrôle.
Selon Dad Racket, Lehečka aurait par ailleurs considérablement alourdi son cadre par l’ajout de plomb dans le cœur du tamis, sur la base d’observations de photographies rapprochées de sa raquette — sans confirmation de spécifications précises (poids, équilibre, swingweight).
L’ensemble dessine une cohérence frappante : un tamis minuscule, un plan dense, et un cordage tendu à l’extrême. Chaque élément du montage pousse dans la même direction — le contrôle absolu d’une puissance de frappe déjà considérable, poussée à son paroxysme sur le plan du cordage.
Sur le seul critère du cordage, l’ALU Power reste l’un des plus répandus du circuit — Khachanov, Sebastian Korda ou Jack Draper l’utilisent également. Mais sur le critère de la tension, Lehečka évolue dans une catégorie à part : aucun joueur documenté du top 50 n’approche ses valeurs extrêmes de 2023, et même les gros frappeurs les plus réputés pour corder ferme — Jannik Sinner autour de 28 kg, Khachanov à 25 kg — restent nettement en deçà.
C’est précisément ce qui rend le cas de Lehečka pédagogique : il illustre, poussé à son extrême, un principe que ce site répète régulièrement — le cordage n’est pas un réglage universel, mais une réponse à un problème individuel. Là où la plupart des joueurs cherchent un équilibre entre confort, durabilité et performance, Lehečka a sacrifié tout confort possible pour résoudre un problème de casse chronique, quitte à sortir radicalement des standards du circuit.
Reste une question qui dépasse le seul cordage. Passé du statut d’outsider prometteur à celui de finaliste de Masters 1000 et membre régulier du top 20, Lehečka, à 24 ans, poursuit sa progression. Si son jeu continue de gagner en maturité, il sera intéressant de suivre si son réglage de cordage suit la même trajectoire — vers davantage de mesure — ou si cette signature extrême, devenue presque une marque de fabrique, demeure la sienne quel que soit son niveau de jeu.
Ugo Humbert a remporté Marseille puis Dubaï en 2024, gagné trois fois le tournoi de…
Andrey Rublev frappe la balle plus fort que presque personne sur le circuit, et sa…
Tommy Paul a remporté Roland-Garros juniors en 2015, atteint les demi-finales de l'Open d'Australie 2023…
Taylor Fritz a atteint la finale de l'US Open 2024 puis celle du Masters de…
Un titre en Grand Chelem vaut de l'argent. Une story Instagram postée depuis les vestiaires…
Chaque été, le gazon du All England Club impose son rituel immuable : joueurs en…