Raquettes de pros

Raquette de Tommy Paul : de Wilson à Yonex, un vrai changement

Tommy Paul a remporté Roland-Garros juniors en 2015, atteint les demi-finales de l’Open d’Australie 2023 — une première pour un Américain depuis Andre Agassi en 2005 — puis gagné sur le gazon du Queen’s. Longtemps fidèle à une raquette Wilson qu’il jouait depuis ses années juniors, il a fait ce que presque aucun joueur établi n’ose : changer d’équipementier et de moule en pleine carrière.

Quelle raquette utilise Tommy Paul ?

Tommy Paul joue aujourd’hui avec un Yonex VCORE 98. C’est un basculement récent : il a passé l’essentiel de sa carrière sous contrat Wilson, avec un Blade 98 qu’il utilisait probablement depuis ses années juniors.

Ce changement mérite d’être souligné, car il est double. Changer de marque et changer de moule en même temps, à un âge où la mémoire gestuelle est construite sur des dizaines de milliers d’heures, est un pari que très peu de joueurs prennent. La plupart préfèrent conserver un cadre discontinué sous une peinture récente — c’est le cas de Taylor Fritz, son compatriote, qui joue toujours un moule de 2012, comme nous le détaillons dans notre article sur la raquette de Taylor Fritz.

Fait notable, les analyses les plus récentes le donnent sur un cadre proche du modèle de série, sans pro stock dissimulé. Un point commun avec Jessica Pegula, autre joueuse Yonex dont nous détaillons le cas dans notre article sur la raquette de Jessica Pegula.

Poids et équilibre de la raquette de Tommy Paul

Les spécifications de son cadre actuel ne sont pas publiquement confirmées. À titre de repère, le VCORE 98 commercial pèse environ 305 grammes non cordé, soit près de 325 grammes une fois monté.

Son ancien cadre Wilson, en revanche, était bien documenté : environ 347 grammes cordé pour un équilibre à 31,7 cm, soit une raquette lourde mais très nettement en manche. Cette répartition — beaucoup de masse, concentrée vers la main — donnait un cadre stable à l’impact tout en restant extrêmement maniable, une combinaison recherchée par les joueurs qui montent souvent au filet.

Reste une question ouverte : a-t-il transposé ces spécifications sur son nouveau cadre, ou a-t-il profité du changement pour alléger l’ensemble ? Aucune source consultée ne permet de trancher, et nous préférons le signaler plutôt que de supposer.

La taille du tamis : 632 cm²

Le tamis de la raquette de Tommy Paul mesure 98 pouces carrés, soit environ 632 cm² — une valeur identique à celle de son ancien Blade. Sur ce point précis, la transition n’a rien changé.

Yonex y ajoute sa géométrie maison, la forme Isometric, une tête plus carrée que les cadres traditionnels qui élargit d’environ 7 % la zone de frappe efficace. Sur un tamis de 632 cm², cela revient à obtenir davantage de tolérance sans agrandir la surface.

Plan de cordage : 16×19, l’ouverture conservée

Le plan de cordage du VCORE 98 est un 16×19, ouvert — comme celui de son ancien Blade 98, qui était bien un 16×19 et non un 18×20, contrairement à ce qu’affirment plusieurs sources.

Ce point mérite d’être clarifié, car le dossier de Tommy Paul est régulièrement confondu. De nombreux articles le décrivent comme un utilisateur du fameux pro stock Wilson H22 en 18×20. L’analyse détaillée de ses cadres montre l’inverse : perçage parallèle, géométrie de Blade, plan 16×19. Il faisait partie du petit groupe de joueurs qui utilisaient véritablement un Blade, comme Aryna Sabalenka, dont nous détaillons le montage dans notre article sur la raquette d’Aryna Sabalenka — et non un moule caché, phénomène que nous décrivons dans notre article sur la raquette de Mirra Andreeva.

Ce que sa raquette dit de son style de jeu

Le tennis de Tommy Paul repose sur la vitesse de déplacement et la capacité à prendre la balle tôt. Ce n’est pas le plus gros frappeur du circuit, mais l’un des plus complets : il attaque, monte au filet, varie, et couvre le court remarquablement bien pour sa taille.

Le passage du Blade au VCORE va dans un sens précis : celui d’un cadre plus puissant et plus généreux en prise d’effet. La ligne VCORE est conçue autour de la rotation, là où le Blade est un cadre de contrôle pur. C’est la même direction que celle empruntée par Learner Tien, autre Américain passé d’un cadre orienté contrôle à un cadre orienté puissance, comme nous le racontons dans notre article sur la raquette de Learner Tien.

Le jeu au filet, révélateur du montage

Tommy Paul est l’un des rares joueurs du top 20 à monter régulièrement au filet, et c’est là que l’équilibre très en manche de son ancien cadre prenait tout son sens : une raquette dont la masse est concentrée vers la main réagit plus vite en volée, où le temps de préparation est quasi nul.

Si cette répartition a été conservée sur son VCORE — ce que nous ne pouvons pas confirmer —, elle expliquerait la cohérence de sa transition : un cadre plus puissant en fond de court, sans perdre la maniabilité indispensable à l’avant. Le tamis Isometric, plus tolérant sur les impacts décentrés, sert lui aussi directement le jeu de volée.

Personnalisation : un montage hybride assumé

La customisation. Sur son ancien cadre Wilson, l’ajout de plomb sous le protège-tamis était probable sans être documenté précisément. Sur le VCORE, aucune information n’est disponible.

Le cordage hybride. C’est le point le mieux établi de son dossier. Tommy Paul joue un montage à deux cordages associant du Luxilon Alu Power aux montants et du boyau naturel aux travers, une combinaison très répandue au plus haut niveau. Notre article sur le cordage de Tommy Paul revient sur ce choix.

À l’époque du Blade, la configuration était différente : du Babolat RPM Blast aux montants et du boyau naturel Luxilon aux travers. Le passage à l’Alu Power accompagne donc le changement de cadre.

La tension. Elle se situe autour de 50 livres, soit environ 22,7 kilos — légèrement en dessous de la moyenne du circuit, qui tourne autour de 24 kilos. Certains relevés indiquent une tension plus élevée aux travers, autour de 24 kilos pour le boyau. Cette différence entre montants et travers est courante sur les montages hybrides.

Tommy Paul – crédits photo : Hameltion

L’historique raquette de Tommy Paul

Né en 1997 dans le New Jersey et formé en Caroline du Nord, Tommy Paul a construit toute sa carrière junior puis professionnelle avec un cadre Wilson. Vainqueur de Roland-Garros juniors en 2015 et troisième mondial de sa catégorie, il conservera le même moule de Blade pendant près d’une décennie.

Wilson lui a même dédié une livrée personnalisée — un bleu ciel inspiré des couleurs de l’université de Caroline du Nord, dont il est supporter — proposée un temps via le service de personnalisation de la marque.

Le basculement vers Yonex est intervenu récemment, après ses meilleurs résultats : la demi-finale de l’Open d’Australie 2023, l’entrée dans le top 10, puis le titre au Queen’s en 2024 sur gazon. C’est un changement fait depuis une position de force, pas une tentative de sortie de crise.

Qui joue avec la même raquette ?

Le VCORE 98 le rapproche d’une famille Yonex bien représentée dans ce silo, quoique sur des lignes différentes : Elena Rybakina joue la ligne VCORE en version 100, un cas que nous détaillons dans notre article sur la raquette d’Elena Rybakina, tandis que Ben Shelton, Casper Ruud et Jessica Pegula sont sur l’EZONE, et Frances Tiafoe sur le Percept.

Cinq joueurs, quatre lignes distinctes : Yonex est, avec Head, la marque la mieux représentée de ce silo — et celle dont les gammes sont les plus segmentées.

Quelle raquette pour jouer comme Tommy Paul ?

Le Yonex VCORE 98 vendu en magasin est le point de départ le plus direct, et les analyses disponibles suggèrent qu’il est très proche de ce qu’il joue réellement. Pour un joueur cherchant un cadre plus lourd, la version VCORE 98 Tour, plus dense, se rapprocherait davantage de ses spécifications supposées.

Sur le cordage, la tension de 22,7 kilos est parfaitement transposable — c’est l’une des plus accessibles de ce silo. En revanche, le montage hybride Alu Power/boyau naturel suppose un cordeur à l’aise avec ce type d’assemblage, et représente un coût récurrent non négligeable : notre article sur le cordeur de raquette de tennis donne un aperçu de ce que cela implique, et notre guide sur quelle tension choisir pour sa raquette aide à calibrer le réglage.

Le dossier Tommy Paul rappelle une chose que ce silo montre rarement : sur le circuit, changer de raquette reste possible. Ce n’est simplement presque jamais fait.

Bertrand Connin

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