Raquette d’Aryna Sabalenka : le Blade 98 en 18×20, un choix rare

Aryna Sabalenka à l'entraînement à l'US Open 2024 - Crédits photo : Ocoudis
Aryna Sabalenka à l'entraînement à l'US Open 2024 - Crédits photo : Ocoudis

Table des matières

Aryna Sabalenka frappe la balle plus fort que n’importe quelle joueuse du circuit. Numéro un mondiale, quatre titres du Grand Chelem, deuxième joueuse de l’histoire aux gains en carrière : la Biélorusse a bâti sa domination sur une puissance brute assumée. Sa raquette raconte pourtant l’inverse. Là où l’on attendrait un cadre généreux et explosif, Sabalenka joue l’un des plans de cordage les plus fermés du circuit féminin — un choix que très peu de joueuses partagent.

Quelle raquette utilise Aryna Sabalenka ?

Aryna Sabalenka est équipée par Wilson depuis ses années juniors, et n’a jamais quitté la famille Blade. Le modèle qu’elle endosse commercialement est le Blade 98 en version 18×20, décliné au fil des générations (v8, puis v9).

Le cadre qu’elle joue réellement est un pro stock construit sur une génération plus ancienne de la ligne Blade — les analyses convergent vers la v4 ou la v5, sans certitude absolue —, repeint aux couleurs du modèle commercial en cours. Des exemplaires personnels non customisés, passés sur le marché du pro stock, confirment le plan de cordage 18×20 et une taille de manche L3 (4 3/8).

Un changement notable est intervenu récemment : selon les observateurs du matériel, Sabalenka a basculé au printemps 2026 vers un cadre issu de la génération Blade V10, d’abord repéré sous une livrée entièrement noire avant la sortie commerciale du modèle. Nous n’avons pas trouvé de confirmation officielle de Wilson ou de la joueuse sur ce point.

Poids et équilibre de la raquette d’Aryna Sabalenka

Les relevés effectués sur ses raquettes personnelles convergent remarquablement : un poids cordé compris entre 324 et 326 grammes, un équilibre autour de 32,7 à 33 cm, et un swingweight entre 326 et 329. C’est l’un des dossiers les mieux corroborés de cette série, avec deux sources indépendantes ayant physiquement mesuré ses cadres.

Le point intéressant tient à l’écart avec le modèle commercial : il est faible. Le Blade 98 18×20 vendu en magasin pèse environ 305 grammes non cordé, soit une fois cordé une valeur assez proche de ce que joue Sabalenka. À la différence d’un Alexander Zverev ou d’un Daniil Medvedev, dont les cadres sont alourdis de trente à cinquante grammes, elle joue une raquette dont les spécifications restent atteignables par un joueur amateur avancé.

Un exemplaire personnel non customisé affichait 304 grammes non cordé pour un swingweight de 295 — l’écart avec ses specs de match provient donc principalement de la customisation, silicone compris.

La taille du tamis : 632 cm²

Le tamis de la raquette d’Aryna Sabalenka mesure 98 pouces carrés, soit environ 632 cm² — un format resserré, orienté contrôle plutôt que puissance. C’est notablement plus petit que les cadres de Carlos Alcaraz en 645 cm² ou de Casper Ruud, dont nous détaillons le montage dans notre article sur la raquette de Casper Ruud.

Le choix a une logique simple : quand la puissance vient du bras, le matériel n’a pas à en ajouter. Un tamis plus large aurait amplifié une frappe déjà parmi les plus lourdes du circuit, au risque de faire sortir la balle.

Plan de cordage : 18×20, une rareté sur le circuit féminin

C’est l’élément le plus singulier du dossier. Sabalenka joue un plan de cordage 18×20 — dix-huit cordes verticales, vingt horizontales —, l’une des configurations les plus denses disponibles, et rare parmi les joueuses du top mondial. La grande majorité du circuit, hommes et femmes confondus, privilégie le 16×19, plus ouvert et plus généreux en prise d’effet.

Un plan aussi serré limite le mouvement des cordes à l’impact. Il réduit la puissance restituée et la rotation spontanée, mais offre en contrepartie une prévisibilité de trajectoire maximale. C’est un cadre qui ne pardonne rien et n’aide pas : le joueur doit produire lui-même toute sa puissance. Notre article sur la jauge du cordage détaille l’ampleur de ce compromis.

Une nuance mérite d’être signalée. L’édition limitée que Wilson a co-conçue avec elle pour l’US Open 2025, la Blade 98 v9 Fighter Edition — design flammé, tatouage de tigre sur la gorge, mille exemplaires produits —, n’a été commercialisée qu’en 16×19, le plan le plus vendu. La raquette hommage à Sabalenka n’a donc pas le plan de cordage de Sabalenka.

Raquette d'Aryna Sabalenka - Crédits photo : si.robi
Raquette d’Aryna Sabalenka – Crédits photo : si.robi

Ce que sa raquette dit de son style de jeu

Le montage de Sabalenka repose sur un principe unique : tout le matériel travaille contre la puissance, parce que le bras en produit déjà trop.

Le tamis resserré limite la surface de rebond. Le plan 18×20 écrase l’effet de fronde du cordage. Le poids modéré préserve la vitesse de bras qui produit la frappe. C’est un cadre qui exige une confiance totale dans son propre geste, puisqu’il n’offre aucune assistance : chaque kilomètre-heure vient de la joueuse.

Ce choix explique aussi la lisibilité de son jeu. Sabalenka vise des cibles très proches des lignes, encore et encore, et a besoin d’un cadre dont la trajectoire de sortie de balle reste identique du premier au dernier point.

Le coup droit, révélateur du montage

Le coup droit de Sabalenka est l’un des coups les plus lourds du tennis féminin, frappé à plat et très tôt après le rebond. Sur ce type de frappe, un plan de cordage ouvert deviendrait un handicap : la balle partirait plus haut et plus vite, avec une marge d’erreur réduite d’autant.

Le 18×20 fait l’inverse. Il abaisse la trajectoire, stabilise la sortie de balle et permet de frapper à pleine puissance sur une cible étroite. C’est la même logique que celle de Novak Djokovic, dont nous détaillons le montage dans notre article sur la raquette de Novak Djokovic — tamis restreint, plan dense, contrôle absolu.

Personnalisation : silicone et cordage hybride

Le silicone. Les exemplaires personnels de Sabalenka en circulation confirment l’ajout de silicone dans le manche, une pratique standard sur les cadres pro stock, qui alourdit la raquette tout en ramenant l’équilibre vers la main.

Le cordage hybride. Sabalenka joue un montage à deux cordages, tous deux de la marque Luxilon : du Alu Power en jauge 1,25 mm aux montants, le monofilament le plus répandu du circuit — également utilisé par Novak Djokovic et Jack Draper, comme le rappellent nos articles sur le cordage de Novak Djokovic et la raquette de Jack Draper — et du Luxilon Ace en jauge très fine, 1,12 mm, aux travers. Une corde traverse aussi fine adoucit la sensation d’un plan de cordage par ailleurs très fermé.

La tension. Elle se situe autour de 53 livres, soit environ 24 kilos, selon les relevés effectués sur ses raquettes personnelles. Une valeur élevée mais non extrême, cohérente avec un cadre qui limite déjà la puissance par sa construction.

L’historique raquette d’Aryna Sabalenka

La continuité domine ce dossier. Sabalenka joue Wilson depuis ses débuts à l’académie nationale de Minsk, et la ligne Blade depuis toujours. Elle a endossé de nombreuses générations commerciales différentes — v6, v7, v8, v9 — sans jamais changer le cadre sous la peinture, jusqu’au possible basculement vers le moule V10 en 2026.

Cette stabilité matérielle a accompagné une progression construite par paliers : premier WTA 1000 à Wuhan en 2018, premier titre du Grand Chelem à l’Open d’Australie 2023, numéro un mondiale en septembre de la même année, doublé à Melbourne en 2024, puis deux US Open consécutifs en 2024 et 2025. Après son titre à Brisbane en janvier 2026, elle expliquait avoir enrichi son jeu au-delà de la seule puissance, évoquant un toucher et une capacité de défense nouvellement acquis — une évolution qui, pour l’instant, n’a pas modifié son matériel.

Qui joue avec la même raquette ?

Le Blade 98 est l’une des raquettes les plus populaires du circuit professionnel, toutes catégories confondues. Sa version 18×20, en revanche, reste minoritaire : Sabalenka fait partie du petit groupe de joueuses du top mondial à l’utiliser, aux côtés notamment d’Amanda Anisimova.

La ligne Blade dans son ensemble équipe également plusieurs joueurs de cette série à différents moments de leur carrière : Frances Tiafoe y a débuté chez les juniors avant de rejoindre Yonex, comme nous le rappelons dans notre article sur la raquette de Frances Tiafoe, et Alex de Minaur a longtemps joué sous une livrée Blade masquant un tout autre moule, un cas détaillé dans notre article sur la raquette d’Alex de Minaur.

Quelle raquette pour jouer comme Aryna Sabalenka ?

Bonne nouvelle : le Wilson Blade 98 18×20, disponible partout, se rapproche réellement de ce que joue Sabalenka, poids compris. C’est l’un des cas les plus accessibles de cette série, à condition d’accepter l’exigence du cadre.

Car c’est bien là le problème. Un plan de cordage 18×20 associé à un tamis de 632 cm² ne donne aucune puissance gratuite : sans une vitesse de bras conséquente, la balle reste courte et l’effort devient épuisant. La version 16×19 du même cadre, celle de la Fighter Edition, constitue un point d’entrée bien plus raisonnable pour la plupart des joueurs.

Pour la tension, notre guide sur quelle tension choisir pour sa raquette recommande de rester en dessous des 24 kilos de Sabalenka, et le montage hybride Alu Power/Ace demande un cordeur habitué aux jauges fines — un savoir-faire que détaille notre article sur le cordeur de raquette de tennis.

Le dossier Sabalenka inverse une intuition tenace : la joueuse qui frappe le plus fort du circuit joue le cadre qui aide le moins. C’est peut-être exactement pour cela qu’elle frappe si fort.

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