Raquette de Mirra Andreeva : le faux Blade le plus répandu du circuit

Raquette de Mirra Andreeva - Crédits photo : Hameltion
Raquette de Mirra Andreeva - Crédits photo : Hameltion

Table des matières

Mirra Andreeva a atteint les demi-finales de Roland-Garros à dix-sept ans, décroché la médaille d’argent olympique en double à Paris la même année, puis enchaîné deux titres WTA 1000 en 2025 avant de monter jusqu’à la 5e place mondiale. À dix-neuf ans, la Russe installée à Cannes est déjà une joueuse établie. Sa raquette ressemble à un Wilson Blade. Ce n’en est pas un — et elle partage ce secret avec une bonne partie du circuit féminin.

Quelle raquette utilise Mirra Andreeva ?

Mirra Andreeva est sous contrat avec Wilson. Les revendeurs qui commercialisent son « montage officiel » la présentent tantôt avec un Blade 98 v9, tantôt avec un Blade Pro 100 v10 — signe, à lui seul, que le dossier n’est pas simple.

Le cadre qu’elle joue réellement est un pro stock construit sur le moule Wilson Steam 100 BLX, un modèle discontinué depuis longtemps. Les spécialistes du matériel le décrivent comme la raquette la plus répandue du circuit WTA, généralement dissimulée sous une livrée Blade 98. Un détail permet de l’identifier à l’œil nu : quatre œillets blancs sur les montants, absents du Blade commercial.

L’écart n’est pas cosmétique. Là où le Blade est un cadre orienté contrôle, le Steam 100 BLX est nettement plus puissant — les observateurs le comparent plutôt à un Head Speed ou à un Babolat Pure Strike 100. Autrement dit, les joueuses qui semblent jouer un cadre de contrôle jouent en réalité un cadre de puissance.

Comme pour Alex de Minaur, le moule a fini par être productisé : Wilson le commercialise désormais via ses Pro Labs sous le nom Blade 100 Pro v10. Le phénomène est exactement le même que celui que nous détaillons dans notre article sur la raquette d’Alex de Minaur, où le moule Steam 99 est réapparu en magasin sous l’appellation Ultra 99 Pro.

Poids et équilibre de la raquette de Mirra Andreeva

Il faut le dire clairement : les spécifications personnelles d’Andreeva ne sont pas connues. Le spécialiste le mieux renseigné sur son dossier indique explicitement ne disposer ni de son poids, ni de son équilibre, ni de son swingweight, ni de sa tension.

Une seule customisation est documentée, et elle est précise : quatre bandes de plomb à la position 12 heures du tamis, c’est-à-dire au sommet du cadre. C’est un emplacement inhabituel dans ce silo — la plupart des joueurs plombent à 3h/9h, comme Casper Ruud, ou à 10h/2h, comme Jannik Sinner. Le plomb placé en tête augmente fortement le swingweight et le poids de balle, au prix d’une maniabilité réduite.

Pour une joueuse de 1,75 m réputée pour sa lecture du jeu plutôt que pour sa puissance brute, ce choix est révélateur : il compense par la masse ce que le gabarit ne fournit pas.

La taille du tamis : 645 cm²

Le tamis de la raquette de Mirra Andreeva mesure 100 pouces carrés, soit 645 cm². C’est le format généreux, celui d’Elena Rybakina ou de Coco Gauff — et non les 632 cm² du Blade 98 que sa livrée laisse supposer.

Cette différence de deux pouces carrés change davantage de choses qu’il n’y paraît. Un tamis plus large offre une zone de frappe plus tolérante et une restitution d’énergie supérieure. Associé au plomb en tête, il produit une balle nettement plus lourde que ce que le cadre affiché laisserait présager.

Plan de cordage : 16×19, l’ouverture de la ligne Steam

Le plan de cordage de ce moule est un 16×19, la configuration ouverte standard de la lignée Steam comme de sa réédition Blade 100 Pro.

C’est un point de divergence supplémentaire avec le Blade 98 que sa raquette imite. Un plan ouvert sur un grand tamis favorise la prise d’effet et la puissance, quand le 18×20 d’un cadre comme celui d’Aryna Sabalenka — que nous détaillons dans notre article sur la raquette d’Aryna Sabalenka — verrouille la trajectoire au maximum. Deux joueuses Wilson, deux philosophies opposées, et une seule des deux joue véritablement un Blade.

Notre article sur la jauge du cordage détaille l’effet du plan de cordage sur la hauteur de balle et la rotation.

Raquette de Mirra Andreeva - Crédits photo : Marcric
Raquette de Mirra Andreeva – Crédits photo : Marcric

Ce que sa raquette dit de son style de jeu

Le montage d’Andreeva sert un jeu de construction plutôt que de frappe. Elle n’est pas la joueuse la plus puissante du top 10, mais l’une des plus intelligentes tactiquement : elle varie les hauteurs, joue les angles, change de rythme, et défend remarquablement pour sa taille.

Ce type de tennis a besoin d’un cadre qui produise du poids de balle sans exiger un swing maximal à chaque frappe. Le grand tamis, le plan ouvert et surtout le plomb à 12 heures répondent à cette exigence : la masse en tête fait avancer la balle même sur des frappes contrôlées, ce qui permet de rester dangereux depuis des positions défensives.

C’est un montage de joueuse qui doit produire de la lourdeur sans se reposer sur la puissance physique — le contraire exact du dossier de Jessica Pegula, qui joue un cadre neutre parce que son avantage tient à la précocité de la prise de balle, comme nous l’expliquons dans notre article sur la raquette de Jessica Pegula.

Le revers à deux mains, révélateur du montage

Le revers à deux mains d’Andreeva est l’un des coups les plus fiables du circuit féminin, aussi solide en défense qu’en redirection le long de la ligne. C’est un coup où la masse en tête de raquette prend tout son sens.

Sur les frappes prises en retard, très loin derrière la ligne, un cadre léger renverrait une balle courte. Le plomb à 12 heures fait exactement l’inverse : il permet de renvoyer profond même sans accélération complète, ce qui donne à Andreeva le temps de se replacer et de reprendre l’initiative. C’est la mécanique de base d’une joueuse qui gagne beaucoup de points en usant l’adversaire plutôt qu’en le dépassant.

Personnalisation : quatre bandes de plomb et un changement de cordage

Le plomb. Quatre bandes à 12 heures, la seule customisation documentée de son dossier. C’est peu, mais c’est précis — et cela contraste avec les cinq ou six paramètres modifiés chez d’autres joueurs de cette série.

Le cordage, et son évolution. Andreeva jouait auparavant du Luxilon 4G. Elle est depuis passée à un plein cordage de Luxilon Alu Power, parfois dans sa version texturée Rough. Le raisonnement est identifiable : le 4G tient mieux la tension mais rend une sensation plus morte, quand l’Alu Power offre davantage de prise d’effet. Pour une joueuse qui mise sur la variété de trajectoires, l’échange se justifie.

Attention en revanche aux montages « officiels » commercialisés par certains revendeurs : plusieurs proposent encore du Luxilon 4G, une information désormais dépassée.

L’Alu Power la rapproche d’un large groupe de joueurs de ce silo — Coco Gauff, Jack Draper, Jessica Pegula probablement, et Novak Djokovic en travers, comme le rappelle notre article sur le cordage de Novak Djokovic.

La tension. Elle n’est pas publiquement confirmée. Nous préférons ne pas avancer de valeur plutôt que de reprendre les chiffres des bundles commerciaux, dont le cordage lui-même est périmé.

L’historique raquette de Mirra Andreeva

Née à Krasnoïarsk en 2007, Andreeva a commencé le tennis à six ans avant que sa famille ne déménage à Moscou, puis à Cannes, où elle s’entraîne à l’Elite Tennis Center depuis 2022. Sa sœur aînée Erika est également professionnelle.

Wilson l’accompagne depuis ses débuts sur le circuit, et le moule Steam 100 BLX depuis son arrivée dans le tableau principal. Il a été de toutes les étapes : première victoire en WTA 1000 à Madrid en 2023, à quinze ans — record de précocité —, demi-finale à Roland-Garros 2024 à dix-sept ans, médaille d’argent olympique en double à Paris, puis les deux WTA 1000 de 2025 et la 5e place mondiale en juillet de la même année, sous la direction de Conchita Martínez.

Seul le cordage a changé, du Luxilon 4G à l’Alu Power. Le cadre, lui, n’a pas bougé.

Qui joue avec la même raquette ?

C’est le point le plus remarquable du dossier : Andreeva est loin d’être seule. Le moule Steam 100 BLX est également utilisé par Emma Raducanu, Paula Badosa, Amanda Anisimova, Beatriz Haddad Maia et Diane Parry, entre autres. Toutes sous une livrée Blade, toutes avec le même cadre caché.

C’est probablement la concentration la plus forte de tout ce silo autour d’un moule unique. Là où la ligne Head Boom compte deux ambassadeurs qui ne la jouent pas — Coco Gauff et Lorenzo Musetti —, le Blade Wilson affiche un cas encore plus large : une partie significative du top mondial féminin joue un cadre différent de celui qu’elle porte.

Une exception notable dans ce paysage : Aryna Sabalenka, qui joue véritablement un Blade, dans sa version 98 en 18×20.

Quelle raquette pour jouer comme Mirra Andreeva ?

Bonne nouvelle, et elle est récente : le Wilson Blade 100 Pro v10, disponible via les Pro Labs de la marque, reprend directement le moule Steam 100 BLX. C’est l’un des rares cas de cette série où un pro stock longtemps confidentiel est devenu accessible au grand public.

Attention en revanche à ne pas se tromper de cadre. Acheter un Blade 98 classique en pensant reproduire son montage revient à choisir une raquette plus petite, plus fermée et bien moins puissante — l’erreur exacte que la livrée de sa raquette encourage.

Quant au plomb à 12 heures, il est à manier avec prudence : c’est l’emplacement qui alourdit le plus le swingweight, et il demande une préparation physique adaptée. Notre guide sur quelle tension choisir pour sa raquette et notre article sur le cordeur de raquette de tennis permettent d’aborder ce type de réglage avec les bonnes bases.

Le dossier Andreeva rappelle une règle que ce silo vérifie article après article : sur le circuit, la peinture ment presque toujours — mais rarement à autant de joueuses en même temps.

S'inscrire à la newsletter

    Ces articles pourraient vous plaire