Carlos Alcaraz et sa raquette Babolat - Crédits photo : Yannick Jamot
La raquette de Carlos Alcaraz est celle que vous pouvez acheter en magasin. Pas une version maquillée, pas un moule de collection retiré du marché depuis dix ans : la Babolat Pure Aero 98, telle quelle. Sept titres du Grand Chelem, un Grand Chelem de carrière complété à l’Open d’Australie 2026, et pourtant l’un des cadres les moins retouchés du top 10 mondial. Voici ce que ce choix, presque à contre-courant du circuit, révèle du tennis de l’Espagnol.
Carlos Alcaraz est sous contrat avec Babolat depuis ses jeunes années à l’académie de Murcie, le même équipementier que son compatriote Rafael Nadal. Le modèle qu’il utilise est la Babolat Pure Aero 98, héritière directe de l’Aero Storm lancée par la marque française en 2007.
Ce qui distingue Alcaraz de la majorité de ses pairs, c’est l’absence quasi totale d’écart entre le cadre commercial et le cadre de match. Jusqu’à l’US Open 2022, il jouait avec la Pure Aero VS 2020, un modèle alors disponible en magasin. Depuis, il est passé à la Pure Aero 98, qui reprend la même géométrie sous une nouvelle livrée. Le compte officiel Babolat a lui-même confirmé sur le forum Talk Tennis les spécifications de son cadre : pas de mystère, pas de moule caché.
C’est suffisamment rare sur le circuit pour mériter d’être souligné : quand la plupart des joueurs du top 10 dissimulent un pro stock sous la peinture du dernier modèle sponsorisé, Alcaraz sort de sa housse à peu près ce que n’importe quel joueur de tennis club peut commander sur Internet.
Les spécifications non cordées confirmées par Babolat donnent un poids de 305 grammes, un équilibre à 317 mm, et un swingweight de 293. Une fois cordée et équipée d’un surgrip, la raquette avoisine les 327 grammes, un équilibre proche de 327 mm, et un swingweight autour de 323.
Ce sont des chiffres bas pour le très haut niveau. À titre de comparaison, la plupart des membres du top 10 jouent des cadres alourdis à la main, parfois de vingt à quarante grammes au-dessus du poids de sortie d’usine. Alcaraz, lui, reste proche du standard retail.
Une évolution récente mérite d’être mentionnée. Lors de la saison 2025, son équipe a ajouté environ 5 grammes de plomb à la gorge de la raquette, faisant passer le cadre non cordé de 302 à 307 grammes tout en conservant le même équilibre. Interrogé sur ce changement, Alcaraz a expliqué apprécier ce supplément de poids, jugeant que ses frappes en devenaient plus lourdes pour l’adversaire. Un réglage minime, donc, mais assumé.
Sur le grip, les sources ne s’accordent pas : certaines évoquent une taille 4 1/4 (L2), d’autres une taille 4 1/2 (L4). Nous n’avons pas pu trancher avec certitude entre les deux.
Le tamis de la Pure Aero 98 mesure 98 pouces carrés, soit environ 632 cm². C’est plus petit que la Pure Aero standard (100 pouces carrés, 645 cm²) utilisée par exemple par Rafael Nadal ou Félix Auger-Aliassime.
Un tamis plus restreint réduit la tolérance sur les balles décentrées, mais améliore le ciblage et le contrôle directionnel, en particulier sur le service et les frappes prises tôt après le rebond. C’est un choix cohérent avec le profil recherché par Babolat sur ce modèle : offrir la puissance de rotation propre à la gamme Aero, mais avec une précision accrue par rapport au cadre grand public.
Contrairement à la Pure Aero classique, montée en 16×19, la Pure Aero 98 adopte un plan de cordage 16×20. C’est le pattern le plus dense de toute la gamme Aero, avec un faisceau de cordes affiné (21/23/22 mm), plus fin que sur le modèle standard.
Un pattern plus serré limite le mouvement des cordes à l’impact, ce qui réduit la prise d’effet brute mais accroît la prévisibilité de trajectoire. Associé au tamis réduit, ce 16×20 fait de la Pure Aero 98 le membre le plus orienté contrôle de toute la famille Aero — sans jamais renier sa vocation de raquette à spin, comme l’explique notre article sur le cordage de Carlos Alcaraz : Babolat RPM Blast en jauge 1,30 mm, tendu à 25 kilos aux montants et 24 kilos aux travers, une tension très élevée destinée à contrebalancer la puissance de ses coups.
Le montage d’Alcaraz raconte une histoire à contre-courant : un cadre léger, un tamis resserré, un plan de cordage dense, et une tension extrême. Chaque paramètre individuel pourrait appartenir à un profil de contrôle pur. Mais mis bout à bout, ils servent un jeu qui reste l’un des plus explosifs du circuit.
La clé est la légèreté du cadre. Elle permet une vitesse de tête de raquette maximale, condition nécessaire pour produire l’accélération brutale qui caractérise son coup droit. La tension élevée du cordage vient ensuite compenser cette vitesse en abaissant la trajectoire de sortie de balle, évitant que la puissance générée ne se traduise par des fautes directes. Le tamis réduit et le pattern 16×20 referment enfin la boucle en resserrant la marge d’erreur.
L’amortie de Carlos Alcaraz est sans doute le coup qui illustre le mieux l’intérêt de ce montage léger. Exécutée depuis des positions extrêmes, parfois en pleine course, elle exige une préparation quasi instantanée et un toucher fin sur un geste où la vitesse de bras ne sert à rien.
Un cadre plus lourd, plus stable en fond de court, deviendrait un handicap sur ce type de frappe : moins de réactivité, moins de sensations dans le poignet. La légèreté relative de la Pure Aero 98, conservée malgré l’ajout minime de 2025, est directement au service de cette variation qui est devenue une signature du joueur.
C’est le point le plus singulier du dossier Alcaraz. Là où le montage raquette d’un pro implique en général plusieurs strates de préparation invisibles — moule différent, plombage réparti, silicone dans le manche — celui d’Alcaraz se résume à très peu de choses.
Le plomb. Cinq grammes ajoutés à la gorge du cadre en 2025, rien de plus. Pas de répartition complexe autour du tamis, pas de recherche d’un swingweight extrême.
Le cordage hybride évoqué par certaines sources. Plusieurs observateurs du matériel rapportent qu’Alcaraz aurait basculé vers le Babolat RPM Team, un cordage plus souple que le RPM Blast identifié par nos soins. Nous n’avons pas pu confirmer ce changement de façon indépendante : nous maintenons donc la référence RPM Blast, tension 25/24 kilos, jauge 1,30 mm, en signalant cette possible évolution.
Le grip. Une seule couche de surgrip, sans accumulation particulière, conforme à l’usage le plus répandu chez les amateurs avancés.
Cette sobriété tranche avec la plupart des dossiers matériel du circuit, y compris ceux de joueurs de sa génération. Le métier de cordeur de raquette de tennis consiste généralement à reproduire des montages complexes, tournoi après tournoi — celui d’Alcaraz est, de ce point de vue, l’un des plus simples à préparer sur le tableau principal d’un Grand Chelem.
La continuité prime sur la rupture. Formé à l’académie de Murcie sous contrat Babolat, Alcaraz est resté fidèle à la lignée Aero depuis ses débuts juniors. La seule évolution notable a eu lieu à l’approche de l’US Open 2022 : le passage de la Pure Aero VS 2020 à la Pure Aero 98, un changement essentiellement cosmétique puisque les deux cadres partagent la même architecture.
Depuis, aucun changement de moule, aucun passage à un pro stock dissimulé. Seul l’ajustement de 5 grammes à la gorge, en 2025, vient nuancer une trajectoire matérielle d’une stabilité remarquable pour un joueur ayant déjà remporté sept Majeurs.
La gamme Aero reste l’une des plus fournies du circuit professionnel. Rafael Nadal en a longtemps été le visage, avec une version signature, la Pure Aero Rafa, plus lourde et plus équilibrée en tête que celle d’Alcaraz. Holger Rune et Félix Auger-Aliassime sont également associés à la lignée Pure Aero VS/98, comme le rappelle notre article sur la tension du cordage d’Holger Rune, qui utilise lui aussi le Babolat RPM Blast.
Le cordage RPM Blast, justement, relie Alcaraz à Nadal de façon directe : notre article sur le cordage de Rafael Nadal le confirme, les deux Espagnols ont joué avec strictement le même cordage. Une filiation logique entre deux générations passées par le même équipementier.
Bonne nouvelle, rare dans cette série : le montage d’Alcaraz est directement accessible. La Babolat Pure Aero 98, vendue partout, est quasiment identique au cadre qu’il utilise en match — un cas presque unique au sommet du classement ATP.
Deux réserves cependant. La tension de 25/24 kilos est très élevée pour un joueur amateur ; visez plutôt 21 à 23 kilos selon votre niveau, comme nous l’expliquons dans notre guide sur quelle tension choisir pour sa raquette. Quant à la jauge 1,30 mm, elle favorise le contrôle et la durabilité au détriment de la puissance brute — notre article sur la jauge du cordage détaille ce compromis.
Reste un enseignement qui dépasse la fiche technique : au sommet du tennis mondial, le matériel n’a pas besoin d’être extrême pour produire un jeu qui l’est. Sur ce point précis, la comparaison avec la raquette de Jannik Sinner — son grand rival de génération — est éclairante : deux philosophies de préparation opposées, pour un niveau de jeu strictement équivalent.
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