Matériel

Raquette de Tsitsipas : specs et secrets du Wilson Blade 98

Depuis ses années juniors, Stefanos Tsitsipas ne jure que par une seule raquette : le Wilson Blade 98 18×20, dans une version pro stock quasi identique année après année. Le Grec, natif d’Athènes, compte deux finales à Roland-Garros (2021, 2023), un Masters remporté à Londres en 2019 et un meilleur classement ATP de n°3 mondial. Son style tranche par une élégance rare sur le circuit : coup droit fouetté à liftée prononcée, revers à une main exécuté avec un lever de jambe caractéristique, jeu construit pour dicter l’échange depuis le fond de court. La raquette de Tsitsipas n’est pas un détail d’équipementier : elle est l’outil précis qui rend possible cette prise de risque contrôlée, coup après coup.

Marque et modèle de la raquette de Tsitsipas

Wilson équipe Tsitsipas depuis ses débuts sur le circuit professionnel. Le modèle exact est le Wilson Blade 98 (18×20), dans sa livrée pro stock estampillée du moule historique BLX Amplifeel v4, une version antérieure au lancement commercial du Blade v5. Selon plusieurs sources spécialisées, dont Pro Stock Tennis et Tennisnerd, Tsitsipas aurait refusé de migrer vers les moules plus récents (v7, v8, v9) proposés par Wilson, préférant conserver le comportement de sa raquette d’origine repeinte aux couleurs des collections commerciales successives.

Le grand public peut acheter le Wilson Blade 98 18×20 v9, disponible en magasin spécialisé et sur les sites d’équipementiers, mais ce modèle commercial diffère sensiblement du pro stock utilisé en match : poids, équilibre et rigidité du cadre sont retravaillés pour coller aux exigences du joueur. C’est une pratique courante chez les professionnels, où le modèle vendu sert de base esthétique et marketing, pas de copie conforme.

Poids et équilibre : une raquette taillée pour le contrôle

Les spécifications relevées sur l’exemplaire personnel de Tsitsipas affichent un poids strung d’environ 340 grammes (12 onces), pour un point d’équilibre situé à 324 mm, soit une raquette légèrement tête légère par rapport au manche. Avec surgrip et cordage, l’ensemble se rapproche de 342 à 345 grammes selon les sources.

Cet équilibre tête légère est un choix pédagogique clair : plus le poids est concentré vers le manche, plus la maniabilité et la vitesse de préparation augmentent, au détriment de la puissance brute générée par l’effet de levier en tête de cadre. Une raquette tête lourde privilégie la puissance passive ; une raquette tête légère, comme celle de Tsitsipas, privilégie le contrôle actif et la rapidité d’exécution — indispensable pour un joueur qui construit ses points avec des trajectoires liftées lourdes et cherche à varier les angles plutôt qu’à jouer la puissance pure.

Taille du tamis : 98 pouces carrés, le format des joueurs de contrôle

Le tamis du Blade 98 mesure 98 pouces carrés (630 cm²), une taille intermédiaire qui reste la référence chez les joueurs de tête de série cherchant la précision plutôt que la tolérance. Un tamis plus grand (100 à 105 pouces carrés) offre plus de puissance et pardonne davantage les frappes décentrées ; un tamis plus petit (93-95 pouces carrés) maximise le contrôle mais exige une frappe très précise.

Le 98 pouces carrés choisi par Tsitsipas correspond exactement à son profil : un jeu de fond de court où la marge de tolérance importe moins que la capacité à placer la balle avec constance sur des échanges longs, surface après surface.

Plan de cordage : le 18×20, signature du jeu de contrôle

La raquette de Stefanos Tsitsipas est cordée en 18×20, soit 18 cordes verticales (montants) et 20 cordes horizontales (traverses) — le pattern le plus serré disponible sur le marché pour ce type de cadre. Un pattern serré comme le 18×20 réduit le mouvement des cordes à l’impact, ce qui limite l’effet lifté généré naturellement par le cordage mais augmente la précision et la durabilité des cordes.

À l’inverse, un pattern ouvert (16×19 ou moins) laisse davantage glisser les cordes entre elles, générant plus de spin et de puissance au prix du contrôle. Le choix du 18×20 par Tsitsipas s’explique par sa gestuelle déjà très lifteuse au poignet et au bras : il n’a pas besoin d’un cordage qui amplifie l’effet, il a besoin d’un cadre qui absorbe sa vitesse de swing sans perdre en précision.

Pour le détail du cordage utilisé — type de corde, tension exacte et ajustements selon les tournois — direction notre article dédié : Cordage de Tsitsipas : on vous dit tout, qui creuse la question tension et jauge que cette fiche raquette ne traite volontairement pas en détail.

Impact de la raquette sur le style de jeu de Tsitsipas

La combinaison poids modéré, équilibre tête légère, tamis 98 et pattern 18×20 dessine le portrait d’une raquette de pur contrôle, cohérente avec un joueur qui a construit son jeu sur la variété plus que sur la force brute. Le Blade 98 permet à Tsitsipas de manier des angles extrêmes en coup droit, de varier hauteur et profondeur de balle, et de jouer des amorties et des slices avec une lecture fine du toucher — des qualités qui reposent directement sur la maniabilité du cadre.

Le revers à une main, un révélateur du choix de raquette

Le revers à une main de Tsitsipas, l’un des plus spectaculaires du circuit, illustre bien cet arbitrage. Un coup à une main exige une préparation rapide et une raquette réactive dans le poignet : un cadre trop tête lourde ralentirait l’armé et compliquerait la gestion des balles hautes et rapides, un problème récurrent identifié par les observateurs du circuit lors de ses matchs contre les frappeurs les plus puissants. Le Blade 98, avec son équilibre tête légère, lui laisse la marge de manœuvre nécessaire pour fouetter ce revers sur les balles liftées adverses, tout en gardant la stabilité voulue sur les frappes à plat.

Sur un point disputé à la corde, face à une balle haute et lourde renvoyée dans son couloir de revers, Tsitsipas doit armer son geste en une fraction de seconde, accélérer la tête de raquette vers le haut pour générer le lift caractéristique de son coup, puis stabiliser le cadre à l’impact pour ne pas perdre le contrôle de la trajectoire. C’est précisément ce que permet une raquette légère en tête mais suffisamment rigide dans le tamis : la vitesse de préparation d’un cadre maniable, combinée à la stabilité d’un pattern 18×20 qui limite les déformations du cordage à l’impact.

Personnalisation : silicone et grip, la touche pro stock

Les informations disponibles sur l’exemplaire personnel de Tsitsipas mentionnent l’ajout de silicone dans le manche, une pratique courante pour ajuster le poids total et amortir les vibrations sans modifier la structure du cadre. Certaines sources évoquent aussi historiquement l’usage de résine au fond du manche pour affiner l’équilibre. Le joueur utilise une taille de grip L3 (4 3/8), avec un surgrip appliqué par-dessus le grip de base Wilson.

Note rédacteur : aucune source fiable ne confirme la présence de plomb (lead tape) sur le cadre de Tsitsipas — contrairement à d’autres joueurs du circuit, ses ajustements semblent concentrés sur le manche plutôt que sur le tamis. Cette discrétion sur la customisation contraste avec des joueurs qui multiplient les ajouts de plomb en tête ou à 3h/9h pour modifier le moment d’inertie : chez Tsitsipas, l’essentiel du travail de personnalisation semble avoir été fait en amont, sur le choix même du moule pro stock, plutôt qu’en ajustements successifs pendant la saison.

Historique de raquette : une fidélité rare sur le circuit

Tsitsipas utilise le moule Wilson Blade depuis ses années juniors, une continuité inhabituelle chez les professionnels qui changent souvent de modèle en cours de carrière pour suivre les sorties commerciales de leur sponsor. Lorsque Wilson a fait évoluer sa gamme Blade au fil des versions (v5, v6, v7…), Tsitsipas aurait refusé chaque nouvelle mouture, forçant son équipementier à continuer de lui fournir des cadres pro stock construits sur l’ancien moule BLX Amplifeel — celui-là même qui équipait le Blade commercial de 2013.

Fin 2024 et courant 2025, plusieurs médias spécialisés ont rapporté des tests répétés d’un cadre différent, un « blacked-out » proche esthétiquement d’un Babolat Pure Aero 98. L’expérience a coïncidé avec un titre à Dubaï, preuve que le changement apportait un supplément de puissance. Mais les résultats irréguliers qui ont suivi, et son bilan exceptionnel sur terre battue avec le Blade (deux finales à Roland-Garros, des titres en Masters 1000 sur terre), l’ont ramené à son cadre historique dès le Masters de Rome. Cette fidélité confirme que la raquette de Tsitsipas reste, année après année, un pilier identitaire de son jeu plus qu’un simple choix marketing.

Comparaison avec d’autres joueurs du circuit

Le Wilson Blade 98 18×20 est loin d’être une exclusivité Tsitsipas : plusieurs joueurs et joueuses du top mondial s’appuient sur des variantes du même moule, preuve de sa popularité chez les profils construits sur le contrôle et la variation plutôt que la puissance pure. Mirra Andreeva, dont nous détaillons l’équipement dans notre fiche raquette dédiée, évolue elle aussi avec un Wilson Blade personnalisé — un point commun qui traduit une philosophie de jeu partagée : la précision d’abord, la puissance en réserve.

À l’opposé du spectre stylistique, Alexander Zverev, dont la raquette est analysée dans notre fiche dédiée à son matériel, s’appuie sur un Head Gravity taillé pour un jeu de fond de court plus lourd et plus physique — une autre approche du même objectif : dominer l’échange depuis la ligne de fond. Cette diversité de choix, d’un cadre 18×20 très fermé chez Tsitsipas à des patterns plus ouverts ailleurs sur le circuit, montre qu’il n’existe pas une seule voie technique vers le sommet du classement ATP — seulement des raquettes taillées sur mesure pour chaque style de jeu.

Bertrand Connin

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