Le 24 juin 2010, John Isner et Nicolas Mahut ont fini par se serrer la main après 11 heures et 5 minutes de jeu réparties sur trois jours, à l’issue d’un cinquième set achevé sur le score de 70-68. À l’opposé du spectre, certains matchs professionnels se bouclent en moins de vingt minutes. Alors, combien de temps dure un match de tennis en réalité ? La réponse dépend du format (3 ou 5 sets), du règlement du jeu décisif appliqué par chaque tournoi, de la surface et du niveau des joueurs. Voici tout ce qui fait varier le chronomètre, format par format.
Le format du match — nombre de sets à remporter — est le premier facteur qui détermine sa durée. Un match de tennis n’a pas de temps limite réglementaire : il se termine quand un joueur a remporté le nombre de sets requis, quel que soit le temps nécessaire.
Sur le circuit ATP en dehors des quatre tournois du Grand Chelem, les joueurs disputent un format en deux sets gagnants sur trois. C’est le format le plus courant du tennis professionnel masculin, utilisé dans les Masters 1000, les ATP 500, les ATP 250 et la quasi-totalité des tournois de la saison régulière. Sur ce format, un match sans accroc dure généralement entre une heure et une heure trente, mais un troisième set disputé et de nombreux échanges longs peuvent facilement pousser la rencontre au-delà de deux heures. Un match plié en deux sets secs, sans réel rapport de force, peut à l’inverse se terminer en un peu plus de cinquante minutes.
Les quatre tournois du Grand Chelem — Open d’Australie, Roland-Garros, Wimbledon et l’US Open — sont les seuls tournois où les hommes jouent en trois sets gagnants sur cinq. Ce format rallonge mécaniquement la durée moyenne d’un match, qui dépasse fréquemment les trois heures et peut grimper à quatre heures ou plus dès qu’un cinquième set entre en jeu. C’est cette spécificité qui explique pourquoi les matchs les plus longs de l’histoire se sont presque tous déroulés en Grand Chelem.
Sur le circuit WTA, y compris dans les quatre tournois du Grand Chelem, les joueuses disputent systématiquement un format en deux sets gagnants sur trois — il n’existe pas de best of 5 sets féminin sur le circuit professionnel actuel. Un match WTA suit donc une logique de durée proche de celle d’un match ATP hors Grand Chelem, généralement compris entre 1h20 et 1h45 pour une rencontre sans troisième set à rallonge.
Au-delà du format, plusieurs éléments réglementaires et sportifs peuvent considérablement raccourcir ou allonger un match.
Le point le plus déterminant pour la durée d’un match en Grand Chelem est la règle appliquée au set décisif. Longtemps, les quatre tournois majeurs avaient des règlements différents pour le dernier set, ce qui explique une partie des records de durée :
Consulter les règles du jeu au tennis permet de mieux comprendre comment se construit un jeu décisif et pourquoi son déclenchement, ou son absence, change radicalement le scénario d’un match.
La surface influence directement le rythme des échanges. Sur terre battue, la balle rebondit plus haut et plus lentement, ce qui favorise les échanges de fond de court et réduit l’efficacité du service comme arme immédiate. Résultat : les matchs sur terre battue, à commencer par ceux de Roland-Garros, comptent parmi les plus longs du calendrier, à l’inverse des surfaces rapides comme le gazon de Wimbledon où le jeu au service raccourcit davantage les points.
Un duel entre deux joueurs de fond de court, portés sur l’échange long, dure structurellement plus longtemps qu’un match entre deux gros serveurs qui enchaînent les points rapides. Le niveau du tournoi joue aussi : les matchs entre joueurs du top mondial en Grand Chelem tendent à durer plus longtemps qu’un premier tour de Challenger, où l’écart de niveau entre les deux joueurs abrège souvent la rencontre. Chez les amateurs, l’absence d’enjeu de classement et un niveau de jeu plus irrégulier peuvent aussi bien raccourcir un match (plus de fautes directes) que l’allonger (plus d’échanges non conclus).
Le record absolu appartient toujours au duel entre John Isner et Nicolas Mahut au premier tour de Wimbledon 2010 : 11 heures et 5 minutes de jeu, étalées sur trois jours (22, 23 et 24 juin), pour un score final de 70-68 dans le cinquième set — soit à lui seul 8 heures et 11 minutes et 138 jeux joués (source : Wikipédia, « Match Isner-Mahut lors du tournoi de Wimbledon 2010 »).
Ce marathon a été rendu possible par l’absence de tie-break au cinquième set à Wimbledon à cette époque : la règle imposait de gagner le set avec deux jeux d’écart, sans plafond. C’est précisément ce type de scénario que le tie-break introduit à Wimbledon en 2019, puis le super tie-break généralisé en 2022 dans les trois autres Grand Chelem, visent à éviter.
Sans atteindre ces proportions, la finale la plus longue de l’histoire des Grand Chelem reste celle de l’Open d’Australie 2012 entre Novak Djokovic et Rafael Nadal : 5 heures et 53 minutes de jeu pour un score final de 7-5, 4-6, 2-6, 7-6, 7-5 en faveur du Serbe (source : tennismajors.com, 2022). Un duel resté comme la référence absolue en matière de finale marathon, loin devant la moyenne habituelle des rencontres de ce niveau.
À l’opposé, l’histoire du tennis a aussi produit des matchs éclairs. Chez les femmes, Steffi Graf n’a eu besoin que de 32 minutes de jeu effectif (34 minutes au total avec une interruption pour la pluie) pour battre Natasha Zvereva 6-0, 6-0 en finale de Roland-Garros 1988 (source : records historiques du tennis). Sur le circuit professionnel masculin, Francisco Clavet a expédié Jiang Shan 6-0, 6-0 en seulement 25 minutes lors du tournoi ATP de Shanghai en 2001. Ces scores à blanc illustrent l’autre extrême de la même question : sans troisième set et face à un écart de niveau important, un match de tennis peut se conclure en moins d’une demi-heure.
En club, la durée d’un match dépend moins du niveau des joueurs que du format choisi par l’organisateur de la compétition. La Fédération Française de Tennis (FFT) a défini sept formats de match officiels, numérotés de 1 à 7, qui fixent le nombre de jeux par set et la manière de conclure la rencontre. Deux d’entre eux concentrent l’essentiel des matchs seniors en club : les Formats 1 et 2.
Le Format 1 reproduit le fonctionnement d’un match professionnel : deux sets gagnants de six jeux, avec un jeu décisif à 6 jeux partout dans chaque set. Si les deux joueurs se partagent les deux premiers sets, la rencontre se termine par un troisième set complet, joué jusqu’au bout — sans super jeu décisif pour l’écourter. C’est le format le plus long des sept, avec une durée comparable à celle d’un match ATP hors Grand Chelem évoquée plus haut (souvent 1h30 à plus de 2h en cas de troisième set). Il est réservé aux joueurs de moins de 65 ans (source : Fédération Française de Tennis, Règlements sportifs).
Le Format 2 conserve la même mécanique sur les deux premiers sets (six jeux, jeu décisif à 6-6), mais remplace le troisième set par un super jeu décisif en 10 points dès qu’un joueur a remporté chacun des deux premiers sets. Cette règle raccourcit sensiblement la durée maximale d’un match tout en gardant l’exigence des deux premiers sets complets. C’est le format obligatoire à partir de 65 ans, et il est également autorisé dès 11 ans comme alternative au Format 1 pour les clubs qui veulent limiter la durée des rencontres sans sacrifier leur intensité (source : Fédération Française de Tennis, Règlements sportifs).
Les cinq autres formats (3, 4, 5, 6 et 7) réduisent le nombre de jeux par set (de trois à cinq selon le format) et remplacent l’avantage classique par un point décisif à 40 partout, ce qui accélère mécaniquement chaque match. Ils ne visent pas à remplacer les Formats 1 et 2 en compétition senior classique, mais à répondre à un besoin précis : permettre à un joueur de disputer plusieurs matchs dans la même journée.
C’est pour cette raison qu’ils sont massivement utilisés dans les catégories jeunes (balle orange, verte, jaune dès 8 ans) et surtout dans les TMC (Tournois Multi-Chances), où le format court garantit un nombre de matchs minimum à chaque participant plutôt qu’une élimination directe après une seule rencontre longue.
Les matchs masculins en Grand Chelem restent statistiquement les plus longs, en raison du format best of 5 sets qui leur est propre. Sur un format identique (best of 3 sets), les durées entre matchs ATP et matchs WTA sont globalement comparables, la différence tenant surtout au style de jeu des protagonistes plutôt qu’au genre en tant que tel. Le double, de son côté, suit également un format en deux sets gagnants sur trois, avec un jeu décisif en dix points remplaçant le troisième set depuis plusieurs années sur la plupart des tournois du circuit — une règle qui raccourcit nettement la durée moyenne d’une rencontre de double comparée à un simple équivalent.
Le temps de jeu effectif ne représente qu’une partie du temps total passé sur le court. Le règlement prévoit plusieurs pauses obligatoires qui s’additionnent sur la durée totale d’un match :
Ces interruptions, cumulées sur un match de plusieurs sets, peuvent représenter vingt à trente minutes de temps mort sur la durée totale affichée — un écart qui explique pourquoi la durée officielle d’un match ne correspond jamais exactement au temps de jeu pur.
Reste que la meilleure manière de vérifier concrètement l’effet de ces règles est de suivre un match en direct : d’un point de vue spectateur, l’incertitude sur la durée fait aussi partie du plaisir du tennis, ce sport où l’horloge, contrairement au football ou au basket, n’a jamais le dernier mot.
Ugo Humbert a remporté Marseille puis Dubaï en 2024, gagné trois fois le tournoi de…
Andrey Rublev frappe la balle plus fort que presque personne sur le circuit, et sa…
Tommy Paul a remporté Roland-Garros juniors en 2015, atteint les demi-finales de l'Open d'Australie 2023…
Taylor Fritz a atteint la finale de l'US Open 2024 puis celle du Masters de…
Un titre en Grand Chelem vaut de l'argent. Une story Instagram postée depuis les vestiaires…
Chaque été, le gazon du All England Club impose son rituel immuable : joueurs en…