Novak Djokovic, précédent vainqueur du tournoi d'Adelaïde
Novak Djokovic détient le record absolu de titres du Grand Chelem, vingt-quatre à ce jour, et continue en 2026 de chasser un vingt-cinquième sacre historique. Sa raquette, elle, détient un autre genre de record : celui du moule le plus confidentiel du circuit professionnel, un pro stock tellement spécifique que des spécialistes du matériel le décrivent comme fabriqué uniquement pour lui — et peut-être ses frères. Voici ce que cache la Head Speed Pro qu’il porte sur toutes ses photos officielles.
Novak Djokovic est lié à Head depuis l’enfance, à l’exception d’un bref passage chez Wilson entre 2005 et 2008. Le modèle qu’il endosse commercialement est la Head Speed Pro, dont il est l’ambassadeur historique — au point que Head lui a dédié en 2025-2026 une édition collector, la Speed Pro Legend, avec finition noire brillante et détails dorés reprenant son logo personnel.
Le cadre qu’il joue réellement n’a toutefois presque rien à voir. Il s’agit d’un pro stock désigné en interne PT346.1, héritier d’une lignée qui remonte aux Head Radical de la fin des années 1990 (Liquidmetal Radical, Ti/iRadical), la même famille de moules que Djokovic utilisait déjà junior. Le code a évolué en 2018, après une opération du coude, sous le nom PT346.1 — la version précédente portait le code PT113B.
Fait rare sur le circuit : même l’édition collector Speed Pro Legend, censée lui rendre hommage, reprend les spécifications du Speed Pro grand public — rien à voir avec son propre cadre de match. C’est l’un des écarts les plus importants de toute cette série d’articles entre le produit vendu et la raquette réellement jouée.
Avant 2018, le cadre de Djokovic pesait environ 359 grammes cordé, pour un équilibre de 32,8 cm et un swingweight avoisinant 370 — l’un des plus lourds et des plus stables du circuit. Après son opération du coude, il a travaillé avec le préparateur de raquettes Roman Prokes pour alléger l’ensemble : réduction du plombage, poids ramené à environ 353 grammes, équilibre à 32,4 cm, et swingweight abaissé autour de 360. La longueur du cadre a été légèrement rallongée, à 27,1 pouces, pour compenser en partie la perte de swingweight liée à l’allègement.
Ce sont des spécifications documentées avec un niveau de détail rare, provenant notamment d’un spécialiste du matériel ayant eu accès à un exemplaire personnel du joueur — un niveau de fiabilité supérieur à la moyenne de cette série, même si Head n’a jamais confirmé ces chiffres officiellement.
Le tamis de la raquette de Novak Djokovic mesure 95 pouces carrés, soit environ 613 cm² — nettement plus petit que la moyenne du circuit professionnel, et très en retrait par rapport aux cadres de Carlos Alcaraz ou Jannik Sinner, tous deux en 645 cm² ou proches.
Un tamis aussi restreint réduit la tolérance sur les balles décentrées, mais offre en contrepartie un niveau de précision maximal. C’est un choix qui n’a jamais varié tout au long de sa carrière, hérité directement des Radical qu’il jouait déjà junior.
Le plan de cordage de la raquette de Novak Djokovic est un 18×19 — comme le confirme notre propre article sur le cordage de Novak Djokovic. C’est une configuration peu commune : la plupart des cadres denses adoptent un 18×20, avec une corde traverse supplémentaire.
Ce choix n’a pas toujours été le sien. Avant 2018, Djokovic jouait un 18×20 classique. Le passage au 18×19, une traverse en moins, fait partie des ajustements réalisés après son opération du coude : un plan très légèrement plus ouvert, qui redonne un peu de prise d’effet et de confort sans sacrifier la précision extrême que permet un tamis aussi restreint.
Le montage de Djokovic sert un tennis de contrôle absolu. Le tamis restreint et le plan de cordage serré concentrent la marge d’erreur au minimum, un choix cohérent avec un joueur réputé pour la précision de ses trajectoires plutôt que pour la recherche de la faute directe. Le swingweight élevé, même après allègement, apporte la stabilité nécessaire pour absorber les balles les plus lourdes du circuit sans perdre le contrôle de la frappe.
C’est un ensemble qui privilégie la transformation défense-attaque : un cadre capable d’encaisser une balle profonde sans dévier, puis de la renvoyer avec une précision chirurgicale vers la zone souhaitée.
Le retour de service de Novak Djokovic est unanimement considéré comme l’un des meilleurs de l’histoire du tennis. Le tamis restreint de sa raquette, associé au plan de cordage 18×19, offre une lisibilité de trajectoire quasiment inégalée sur le circuit — un atout décisif pour bloquer une première balle à plus de 200 km/h avec une précision de placement extrême.
Le swingweight élevé, hérité de la génération pré-2018, joue également un rôle : il stabilise le cadre à l’impact même sur une préparation très courte, exactement le type de frappe qu’exige un retour de service pris tôt.
Le dossier matériel de Djokovic est l’un des plus documentés du circuit, grâce notamment aux confidences recueillies par des spécialistes ayant eu accès à son entourage technique.
Le plomb et le silicone. Comme la quasi-totalité des cadres pro stock, la raquette de Djokovic reçoit du silicone dans le manche et du plomb réparti dans le tamis, ajustés au fil des années pour atteindre les spécifications précises validées avec Roman Prokes.
Le cordage hybride. Djokovic joue un montage à deux cordages, combinant un boyau naturel aux montants (autour de 27-28 kilos) et du Luxilon Alu Power Rough aux travers (26-27 kilos). Notre article sur le cordage de Novak Djokovic évoque ce cordage Luxilon sans détailler la composante boyau naturel des montants — une nuance qui mériterait d’y être ajoutée. Ce choix illustre un fait rare que nous détaillons également dans notre guide sur quelle tension choisir pour sa raquette : Djokovic est l’un des rares joueurs élite à cordé avec une marque différente de son équipementier raquette.
Le grip. Djokovic utilise la palette rectangulaire classique de Head (le pallet TK57), en taille 3, recouverte d’un grip en cuir de veau Head Finest Calfskin et de deux surgrips superposés — ce qui ramène la sensation en main à une taille proche du 4.
La continuité Head domine l’histoire matérielle de Djokovic, à l’exception du bref épisode Wilson entre 2005 et 2008. Junior, il jouait déjà une variante de la lignée Radical — Liquidmetal, Ti et iRadical — sous le code pro stock PT113B, un moule qui l’a accompagné pendant l’essentiel de sa domination du circuit, de son premier Grand Chelem en 2008 jusqu’à 2018.
Le tournant survient après une opération du coude cette année-là. Djokovic, conscient qu’un cadre aussi lourd et rigide représentait un risque pour son bras, a travaillé avec Roman Prokes pour concevoir le PT346.1 : moins de plomb, un plan de cordage légèrement plus ouvert, une longueur très légèrement rallongée pour compenser. Le cadre a gagné en confort ce qu’il a perdu en masse brute, sans jamais renoncer à l’exigence de précision qui définit tout son dossier matériel depuis l’enfance.
C’est le point le plus singulier de ce dossier : personne. Le PT346.1 est un moule si spécifique qu’aucun autre joueur du circuit n’est identifié comme l’utilisant à l’identique — une rareté totale par rapport aux autres cadres évoqués dans cette série, souvent partagés par plusieurs joueurs d’un même équipementier.
Sur le terrain du cordage en revanche, plusieurs ponts existent. Notre article sur le cordage de Taylor Fritz rappelle que Djokovic a utilisé le Head Hawk pendant une partie de sa carrière, tandis que notre article sur le cordage de Zverev évoque le Head Hawk Touch, une variante de la même famille. Côté raquette, deux autres joueurs Head figurent dans cette série : la raquette de Jannik Sinner, à l’opposé stylistique avec un cadre léger et un tamis classique, et la raquette d’Alexander Zverev, plus proche en philosophie de poids et de stabilité mais avec un tamis bien plus généreux.
C’est ici que ce dossier se distingue nettement des précédents : il n’existe aucune approximation satisfaisante du cadre de Djokovic dans le commerce. Même la Speed Pro Legend, censée lui rendre hommage, reprend un tamis de 100 pouces carrés et un plan 18×20 — loin des 95 pouces carrés et du 18×19 qu’il joue réellement. La Head Speed Pro classique en 18×20 reste néanmoins la base la plus proche disponible en magasin, à condition d’accepter cet écart.
Pour un joueur amateur, reproduire un swingweight de 360 avec un tamis aussi restreint représente un défi technique important : notre article sur la jauge du cordage et notre guide sur le cordeur de raquette de tennis permettent de mieux comprendre ce que suppose un tel montage avant de s’y risquer.
Le dossier Djokovic referme cette série sur une note singulière : à la différence de la plupart de ses pairs, le meilleur joueur de l’histoire du tennis joue une raquette qui, elle, n’a jamais vraiment quitté le XXe siècle.
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