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US Open : histoire, records et tout savoir sur le dernier Grand Chelem

L’US Open est le quatrième et dernier tournoi du Grand Chelem de la saison, disputé chaque année fin août et début septembre sur les courts durs de l’USTA Billie Jean King National Tennis Center, à Flushing Meadows, dans le Queens new-yorkais. Deuxième plus ancien tournoi majeur du monde après Wimbledon, il est aussi le plus voyageur des quatre Grands Chelems : né en 1881 à Newport, dans le Rhode Island, il n’a trouvé son adresse actuelle qu’en 1978, après un passage de plusieurs décennies à Forest Hills.

Cette histoire mouvementée, faite de déménagements, de changements de surface et d’innovations réglementaires, en fait un tournoi à part dans le calendrier du tennis mondial. Voici tout ce qu’il faut savoir sur l’US Open : son histoire, ses infrastructures, ses règles particulières et ses records.

Des origines à Newport à l’installation à Flushing Meadows

L’histoire du tournoi commence le 31 août 1881, lorsque le Newport Casino, dans le Rhode Island, accueille le premier championnat national masculin des États-Unis, organisé par la toute jeune United States National Lawn Tennis Association. Réservé aux membres des clubs affiliés à l’association, l’événement est remporté par Richard Sears, un étudiant de Harvard âgé de 20 ans, qui domine la compétition sept années consécutives grâce au système du « challenge round », qui qualifiait directement le tenant du titre pour la finale de l’édition suivante. Les épreuves féminines suivent rapidement : le simple dames voit le jour en 1887, le double dames en 1889, puis le double mixte en 1892.

Pendant plus de trente ans, le tournoi masculin reste fidèle à Newport, tandis que les autres épreuves se disputent dans des lieux différents à travers le pays, donnant à la compétition une organisation éclatée typique du tennis amateur de l’époque. En 1915, sous la pression d’un groupe de joueurs new-yorkais emmené par Karl Behr, le tournoi masculin déménage au West Side Tennis Club de Forest Hills, dans le Queens, avant de connaître encore quelques années d’itinérance entre Philadelphie et New York.

Ce n’est qu’en 1968, avec l’avènement de l’ère Open qui ouvre enfin la compétition aux joueurs professionnels, que les cinq épreuves se retrouvent réunies au même endroit et sous un même nom : l’US Open. Cette première édition ouverte reste dans les mémoires pour la victoire d’Arthur Ashe, premier joueur noir à remporter un tournoi du Grand Chelem, face au Néerlandais Tom Okker.

Le tournoi connaît ensuite son dernier grand déménagement en 1978, lorsqu’il quitte Forest Hills pour s’installer à Flushing Meadows, à quelques kilomètres de là, dans un tout nouveau complexe : l’USTA National Tennis Center. Ce changement de lieu s’accompagne d’un changement de surface, puisque l’US Open, seul tournoi du Grand Chelem à avoir connu trois revêtements différents au cours de son histoire, passe alors du gazon (1881-1974) puis de la terre battue (1975-1977) au DecoTurf, un dur en résine acrylique posé sur une base d’asphalte, qui reste la surface du tournoi aujourd’hui.

Jimmy Connors, vainqueur en 1974 sur gazon, en 1976 sur terre battue et en 1978 sur dur, demeure à ce jour le seul joueur de l’histoire à avoir remporté un même tournoi majeur sur trois surfaces différentes.

Flushing Meadows aujourd’hui : Arthur Ashe, Armstrong et Grandstand

Le complexe de l’USTA Billie Jean King National Tennis Center, ainsi renommé en 2006 en hommage à la légende du tennis féminin et de l’égalité des sexes dans le sport, s’organise aujourd’hui autour de trois grands stades. Le court Arthur Ashe, inauguré en 1997 en remplacement du Louis Armstrong Stadium comme court principal, reste le plus grand stade de tennis du monde avec une capacité proche de 24 000 places.

Depuis 2016, il est doté d’un toit rétractable capable de se fermer en moins de sept minutes, une innovation technique alors inédite pour un stade existant, construite pour mettre fin aux retards à répétition causés par la météo new-yorkaise en fin d’été. Le stade Louis Armstrong, entièrement reconstruit en 2018 dans le cadre d’un projet à 600 millions de dollars, a lui aussi reçu un toit rétractable, devenant le premier stade de ce type à conserver une ventilation naturelle même toit fermé. Le Grandstand, plus petit et resté à ciel ouvert, complète ce trio de courts principaux, réputé pour son atmosphère intime très appréciée des amateurs.

Cette architecture à double toit distingue l’US Open des trois autres levées du Grand Chelem : c’est aujourd’hui le seul tournoi majeur à disposer de deux stades capables de jouer sous la pluie, un atout revendiqué par l’USTA pour garantir aux spectateurs munis d’un billet de voir du tennis quelles que soient les conditions météorologiques. Cette solidité organisationnelle s’accompagne d’une identité sonore particulière : sous un toit fermé, le court Arthur Ashe se transforme en véritable caisse de résonance, où le bruit de près de 24 000 spectateurs n’a nulle part où s’échapper, donnant aux sessions nocturnes une intensité que plusieurs joueurs ont comparée à celle d’une finale, même en tout début de tournoi.

Le Louis Armstrong Stadium – crédits photo : Ian Irving

Format, règles particulières et vie du tournoi

Comme les trois autres tournois du Grand Chelem, l’US Open se joue en trois manches gagnantes chez les femmes et en trois manches gagnantes également chez les hommes jusqu’à récemment la seule exception du circuit majeur masculin à ne jamais avoir imposé cinq manches gagnantes en dehors des levées historiques.

Le tournoi occupe une place particulière dans l’histoire réglementaire du tennis : en 1970, l’US Open devient le tout premier tournoi du Grand Chelem à introduire un jeu décisif pour départager les joueurs à 6 jeux partout dans une manche, y compris dans la manche décisive, là où Roland-Garros a longtemps résisté à cette évolution avant de l’adopter à son tour en 2022. Cette réforme, portée par le directeur du tournoi Bill Talbert, visait à offrir aux matches une « ligne d’arrivée » claire, sur le modèle des autres grands sports américains, dans un contexte où les chaînes de télévision réclamaient des durées de match plus prévisibles.

Le tournoi s’organise également autour d’un rituel propre à l’US Open : les sessions nocturnes, introduites dès 1975 et devenues un rendez-vous incontournable de la vie new-yorkaise en fin d’été. Les spectateurs achètent des billets distincts pour les séances de jour, débutant à 11 heures sur le Grandstand et l’Armstrong et à midi sur Arthur Ashe, et pour les séances de soir, qui démarrent à 19 heures.

Depuis quelques années, le tournoi a également étoffé son offre en amont du tableau principal avec la « Fan Week », qui réunit qualifications et tournoi de double mixte dans une semaine d’accès gratuit ou à tarif réduit au public, une manière pour l’USTA de prolonger l’expérience du Grand Chelem américain au-delà des deux semaines de compétition proprement dites.

Palmarès et records historiques

Le palmarès de l’US Open reflète la profondeur de l’histoire du tournoi. En simple messieurs, trois joueurs se partagent le record de titres depuis le début de l’ère Open avec cinq sacres chacun : Jimmy Connors (1974, 1976, 1978, 1982, 1983), Pete Sampras (1990, 1993, 1995, 1996, 2002) et Roger Federer, seul joueur à avoir remporté le tournoi cinq fois de suite, entre 2004 et 2008. Chez les femmes, ce même record de six titres en ère Open est partagé entre Chris Evert, quadruple championne consécutive entre 1975 et 1978, et Serena Williams, dont le dernier sacre remonte à 2014.

Si l’on remonte avant l’ère Open, l’Américaine Molla Bjurstedt Mallory détient toujours le record absolu tous tournois et tous genres confondus avec huit titres remportés entre 1915 et 1926, un chiffre qui n’a jamais été approché depuis dans l’histoire du Grand Chelem.

L’US Open reste également le tournoi majeur le moins hégémonique du calendrier : aucun joueur de l’ère Open n’a jamais dépassé les cinq titres, contrairement à Wimbledon ou Roland-Garros, qui ont chacun connu des dominations individuelles beaucoup plus marquées. Le tournoi a par ailleurs été le théâtre de plusieurs moments devenus iconiques dans l’histoire du sport : la finale 2001 entre Venus et Serena Williams, première confrontation entre deux sœurs en finale d’un Grand Chelem, ou encore la victoire d’Arthur Ashe en 1968, restée un symbole fort dans l’histoire de la lutte contre la ségrégation aux États-Unis.

Plus récemment, la révélation de jeunes joueurs comme Ben Shelton, demi-finaliste inattendu en 2023 grâce notamment à la puissance de son service, illustre la capacité du tournoi new-yorkais à faire émerger de nouveaux talents chaque année, dans la continuité d’un tournoi qui a également vu, la même année, le Français Titouan Droguet réaliser l’exploit d’éliminer Lorenzo Musetti dès le premier tour lors de sa toute première participation en Grand Chelem.

Logo de l’US Open de tennis

Matches et moments mythiques

L’US Open a accumulé, au fil de ses éditions, une collection de matches restés dans la mémoire collective du tennis. En 1984, la finale entre John McEnroe et Ivan Lendl (7-6, 6-3, 6-7, 7-6) est encore citée parmi les plus intenses de l’histoire du tournoi, portée par la rivalité stylistique entre les deux joueurs.

En 1991, Jimmy Connors, alors âgé de 39 ans et classé au-delà de la 170e place mondiale, réalise l’un des parcours les plus spectaculaires de l’histoire du sport en atteignant les demi-finales, porté par le public new-yorkais et une série de retournements de situation qui ont fait de son anniversaire, disputé en plein tournoi contre Aaron Krickstein, l’un des moments les plus célébrés de l’histoire du court Arthur Ashe.

Dix ans plus tard, en 2001, le quart de finale entre Pete Sampras et André Agassi, disputé sans la moindre balle de break sur l’ensemble des quatre manches, reste une référence absolue en matière de tennis de service sur dur.

Le tournoi a également marqué l’histoire du sport à travers des symboles dépassant largement le cadre sportif. La victoire d’Arthur Ashe en 1968, déjà évoquée, en est l’exemple le plus fort, mais on peut également citer la finale 2001 entre Venus et Serena Williams, première confrontation entre deux sœurs pour un titre du Grand Chelem, ou encore la tournée d’adieux de Serena Williams en 2022, qui a rassemblé des audiences record et transformé chacun de ses matches en événement culturel bien au-delà du cercle des amateurs de tennis.

Sur le plan purement statistique, le record du plus grand nombre de spectateurs jamais réunis pour un match de tennis a lui aussi été établi à l’US Open, en 2008, lors d’un match de nuit entre Roger Federer et le jeune Andy Murray, suivi par plus de 22 000 personnes au sein du court Arthur Ashe.

Qualifications, wild cards et démocratisation du tournoi

Comme les trois autres levées du Grand Chelem, l’US Open réserve une partie de son tableau à un tournoi de qualifications, disputé la semaine précédant le début du tableau principal et regroupant les joueurs dont le classement mondial ne suffit pas à intégrer directement la compétition. Ce tournoi de qualifications, longtemps resté confidentiel, a pris une importance croissante dans la communication du tournoi, notamment depuis qu’il a été intégré à la « Fan Week » à accès gratuit ou réduit, permettant au grand public de découvrir gratuitement les tout premiers tours de la compétition.

Quelques parcours emblématiques ont émergé de cette voie d’accès secondaire, à l’image d’Emma Raducanu, devenue en 2021 la première joueuse issue des qualifications à remporter un tournoi du Grand Chelem, un exploit resté sans équivalent depuis dans l’histoire du tennis professionnel.

Le système des wild cards, ces invitations directes accordées par l’organisation du tournoi à des joueurs ne remplissant pas les critères de classement habituels, joue également un rôle important à l’US Open, où la fédération américaine privilégie traditionnellement de jeunes espoirs nationaux ou des joueurs de retour de blessure. Ce mécanisme, commun aux quatre tournois du Grand Chelem, participe à la fois au renouvellement des générations et à l’entretien du lien entre le tournoi et le public local, un enjeu particulièrement sensible pour l’USTA dans un pays où le tennis professionnel doit composer avec la concurrence d’autres sports beaucoup plus suivis médiatiquement.

Match de qualifications à l’US Open 2017, sur le court n°8 de Flushing Meadows – Crédits photo : Steven Pisano from Brooklyn, NY, USA https://www.stevenpisano.photo/

L’US Open, moteur économique du tennis mondial

Au-delà de son prestige sportif, l’US Open s’est imposé ces dernières années comme le tournoi le plus généreux financièrement du circuit. L’édition 2026, qui se déroule du 30 août au 13 septembre à Flushing Meadows après une Fan Week ouverte dès le 23 août, distribue une dotation totale record de 108 millions de dollars, en hausse de 20 % par rapport à l’édition précédente. Les champions du simple messieurs et du simple dames recevront chacun 5,5 millions de dollars, une somme inédite dans l’histoire du tennis, tandis que les finalistes malheureux repartiront avec 2,8 millions de dollars et les demi-finalistes avec 1,45 million.

Même les joueurs éliminés au premier tour du tableau principal touchent désormais 140 000 dollars, une hausse de 27 % destinée à mieux soutenir les joueurs situés en dehors du top mondial, pour qui le circuit professionnel reste financièrement fragile. Cette enveloppe historique s’inscrit dans un contexte de tensions entre les meilleurs joueurs du circuit et les organisateurs des quatre tournois du Grand Chelem, plusieurs joueurs ayant réclamé début 2026 un modèle de partage des revenus plus favorable, à l’image de ce qui existe dans d’autres sports professionnels.

Cette économie florissante s’accompagne d’un chantier d’ampleur : depuis 2025, le court Arthur Ashe fait l’objet d’une rénovation évaluée à 800 millions de dollars, destinée à reconfigurer la répartition des places entre les niveaux inférieurs et supérieurs du stade, sans toutefois modifier significativement sa capacité totale. Ces investissements confirment la place centrale qu’occupe désormais l’US Open dans l’écosystème économique du tennis mondial, aux côtés des trois autres tournois du Grand Chelem, dont le fonctionnement en matière de classement ATP reste comparable, chaque Majeur distribuant 2 000 points au vainqueur.

Bertrand Connin

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