Cordage de Jack Draper - Crédits photo : Carine06
À 5-5 dans le jeu décisif du troisième set, au Queen’s en juin 2025, Jack Draper a fait quelque chose que peu de joueurs osent : changer de raquette en plein tie-break pour passer à une tension supérieure. Deux points plus tard, un revers gagnant le long de la ligne et un ace plus tard, il éliminait Alexei Popyrin. Le gaucher de Sutton, vainqueur du Masters 1000 d’Indian Wells 2025 et ancien numéro 4 mondial, appartient à cette catégorie de joueurs pour qui le réglage du cordage est une variable tactique, pas un détail d’intendance. Le cordage de Jack Draper — un Luxilon ALU Power en jauge 1,25 mm — et les tensions qu’il applique dessus racontent précisément le tennis qu’il cherche à produire : une balle lourde, liftée, mais qui ne s’échappe jamais.
Jack Draper joue avec le Luxilon ALU Power, un polyester monofilament, monté en full bed (le même cordage sur les montants et les travers, sans hybride). C’est une référence absolue du circuit professionnel, réputée pour sa réponse très directe à l’impact et sa capacité à limiter l’effet trampoline sur les frappes appuyées.
Le point intéressant est ailleurs : Draper est sous contrat Dunlop depuis 2017, marque qui produit sa propre gamme de cordages. Il a pourtant choisi de corder chez Luxilon, marque appartenant à l’univers Wilson. Cette dissociation entre équipementier raquette et marque de cordage n’est pas rare au plus haut niveau — c’est même souvent le signe d’un joueur qui a imposé ses préférences plutôt que subi son contrat. On retrouve la logique inverse chez Alex de Minaur, dont le Luxilon découle logiquement de son contrat Wilson.
Côté disponibilité, l’ALU Power se trouve sans difficulté en boutique spécialisée ou en ligne, en garniture ou en bobine. Ce n’est en revanche pas un cordage de grande surface généraliste, et surtout pas un cordage pour débutant : sa rigidité le réserve aux joueurs classés troisième série et au-dessus, avec une technique déjà construite.
Draper corde ses raquettes entre 52 et 54 livres, soit environ 23,5 à 24,5 kilos, montants et travers à la même valeur. C’est une plage médiane sur le circuit ATP, où la moyenne s’établit aujourd’hui autour de 45-50 livres pour un montage full poly (source : relevés Tennisnerd, tournois ATP 2026).
L’objectif est clairement le contrôle. Draper génère une vitesse de balle et une rotation considérables ; une tension basse lui donnerait de la puissance dont il n’a pas besoin, au prix d’une longueur de balle imprévisible. Corder ferme revient à verrouiller la trajectoire.
Sa méthode se distingue surtout par la modulation. Il ajuste selon les conditions et monte jusqu’à 55-56 livres en altitude, là où l’air moins dense fait naturellement voyager la balle plus loin — le cas typique d’un tournoi comme Bogotá ou d’un site en hauteur. Il embarque également plusieurs raquettes tendues différemment dans son sac, afin de pouvoir changer de réglage en cours de match. Pour comprendre ces variations selon la surface, l’humidité ou le jeu en intérieur, notre guide sur quelle tension choisir pour sa raquette de tennis détaille les arbitrages.
Le cordage de Jack Draper est monté en jauge 1,25 mm, la jauge historique de référence de la gamme ALU Power.
Rappel du principe : plus la jauge est épaisse, plus le cordage est durable et orienté contrôle ; plus elle est fine, plus la corde mord dans la balle, se déforme, restitue de l’énergie et génère d’effet — au prix de la casse. Notre article sur la jauge du cordage et son influence sur le jeu développe ce mécanisme.
À 1,25 mm, Draper se situe exactement au milieu de l’intervalle utilisé sur le circuit (1,15 à 1,35 mm). C’est un choix de neutralité assumée : il ne cherche ni le supplément d’effet d’une jauge fine, ni la longévité d’une 1,30. À titre de comparaison, Ugo Humbert monte en 1,30 mm pour gagner en puissance, là où Draper laisse la jauge neutre et confie tout le travail de contrôle à la tension.
La déduction est cohérente : chez Draper, la variable d’ajustement n’est pas le diamètre de la corde, c’est le nombre de livres. Il fige un paramètre pour n’en faire varier qu’un seul.
Draper mesure 1,93 m, il est gaucher et frappe en revers à deux mains. Son coup droit lifté de gaucher est son arme structurante : il fait rebondir la balle très haut sur le revers des droitiers, dans une zone de frappe inconfortable.
Lors de sa semaine victorieuse à Indian Wells 2025, Draper a tourné autour de 3 300 tours/minute de rotation moyenne en coup droit, avec une hauteur de passage au-dessus du filet dépassant 96 centimètres sur certains matchs (source : analyse Hugh Clarke, données Indian Wells 2025). Pour situer, Rafael Nadal, référence historique de la rotation, est associé à des valeurs de l’ordre de 3 200 tr/min en pointe.
Un tel volume de rotation, sur un cordage aussi peu élastique que l’ALU Power, n’est pas produit par le matériel : il vient de la vitesse de tête de raquette. Le cordage joue le rôle inverse — il empêche cette énergie de partir en longueur non maîtrisée. Draper a d’ailleurs réduit sa taille de manche, passant d’un grip 4 à un grip 3, précisément pour libérer davantage de vitesse de poignet et donc d’effet.
L’épisode du Queen’s illustre le rôle tactique du réglage. Mené dans le jeu décisif face à Popyrin, Draper explique avoir vu la balle s’échapper de son tamis sur plusieurs points du match. Il opte alors pour la raquette la plus tendue de son sac : « J’avais une raquette dans mon sac tendue un peu plus haut que les autres » (source : BBC Sport, juin 2025). Revers gagnant, puis ace : 3-6, 6-2, 7-6(5). Il indiquera à son entraîneur vouloir conserver cette tension pour la suite du tournoi.
C’est exactement le type d’intervention que les cordeurs professionnels du circuit gèrent au quotidien, souvent dans l’heure précédant l’entrée sur le court.
Draper est l’ambassadeur de la Dunlop FX 500, dont il est le visage marketing. Le cadre qu’il utilise réellement en compétition est un pro stock : selon les observations de Tennisnerd et des forums de cordeurs, il s’agirait d’un ancien moule Dunlop Srixon Revo CV 3.0 F, recouvert de la décoration FX 500.
Les caractéristiques du moule d’origine :
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Tamis | 645 cm² (100 sq in) |
| Plan de cordage | 16 × 19 |
| Équilibre | 33 cm, soit 4 points en manche |
| Rigidité (RA) | 69 |
| Poids en balancier (swingweight) | 317 |
Un tamis de 645 cm² est généreux : il apporte tolérance et puissance, avec un point d’impact plus large. Le plan de cordage 16×19 est ouvert, donc favorable à la prise d’effet. Ces deux paramètres poussent dans le sens de la puissance et du lift.
D’où la cohérence de l’ensemble : le cadre donne, le cordage retient. Grand tamis + pattern ouvert + polyester rigide tendu ferme, c’est un équilibre classique chez les gros frappeurs liftés. Draper alourdit par ailleurs le cadre avec du plomb — dans le cœur et sous les œillets — pour le faire passer de 300 à environ 317 grammes non cordé, gagnant en stabilité à l’impact sans sacrifier la maniabilité en manche.
L’ALU Power en full bed est un choix partagé sur le circuit :
Le point de convergence entre Draper, Korda et Lajović n’est pas le style de jeu, c’est le rapport au matériel : trois joueurs qui n’attendent aucune puissance gratuite de leur cordage et qui lui demandent uniquement de la lisibilité.
Reste une inconnue à surveiller. Dunlop a lancé fin 2025 un nouveau moule de FX 500, avec Draper en figure de proue et une rigidité de cadre revue à la hausse. Si le Britannique finit par migrer du vieux Revo CV vers ce nouveau châssis — ce qu’aucun ambassadeur ne fait jamais de gaieté de cœur —, ses 52-54 livres ne tiendront pas : un cadre plus rigide impose de baisser la tension pour préserver le bras. C’est le premier signal à guetter sur ses raquettes lors de la tournée américaine.
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