Cordage de Karen Khachanov - Crédits photo : Carine06
En juin 2025, à Halle, Karen Khachanov est entré sur le court avec une seule raquette utilisable : un prototype Wilson entièrement noir, sans peinture ni logo, dont il n’existait aucun exemplaire de rechange. Une corde cassée en plein match et il repassait sur son ancien cadre. Il a joué le pari, atteint la demi-finale, puis les quarts de finale de Wimbledon dans la foulée. Ce détail dit l’essentiel du rapport au matériel du Russe de 30 ans, 1,98 m, sept titres ATP dont le Masters 1000 de Paris 2018 arraché à Novak Djokovic : Khachanov change souvent de cadre, mais jamais de cordage. Le cordage de Karen Khachanov, un Luxilon ALU Power monté en 25/23 kilos, est le seul point fixe d’un équipement qui a beaucoup bougé.
Khachanov joue avec le Luxilon ALU Power en jauge 1,25 mm, en full bed — le même cordage sur les montants et les travers, sans hybride. C’est la référence du polyester haut de gamme sur le circuit, un monofilament co-polymère réputé pour sa réponse très directe et sa capacité à limiter l’effet trampoline sur les frappes appuyées.
Le choix est logique côté contrat : Khachanov est sponsorisé par Wilson, et Luxilon appartient au même groupe. Le fabricant américain ne produit pas de cordage sous sa propre marque, ce qui explique que la quasi-totalité de ses joueurs se retrouve chez Luxilon — même mécanique que chez Alex de Minaur, lui aussi Wilson et lui aussi Luxilon.
Une précision utile : Khachanov utilise la version lisse de l’ALU Power, pas la version texturée Rough retenue par Novak Djokovic et Andy Murray. La nuance compte, parce qu’elle indique un joueur qui ne cherche pas de l’accroche supplémentaire mais de la stabilité pure.
Le produit se trouve facilement en boutique spécialisée ou en ligne, en garniture comme en bobine. Il reste en revanche destiné aux joueurs classés troisième série et au-dessus : c’est un polyester rigide, peu confortable, qui exige une technique construite.
Khachanov corde à 25 kilos sur les montants et 23 kilos sur les travers, soit environ 55/50 livres. C’est un différentiel de 2 kilos, l’un des réglages les plus caractéristiques de son matériel.
C’est une tension élevée. La moyenne du circuit ATP pour un montage full polyester tourne aujourd’hui autour de 22 à 24 kilos, et la tendance générale est à la baisse depuis dix ans. Khachanov se situe donc dans le haut de la fourchette — sans atteindre les extrêmes de Ben Shelton, à 27/28,5 kilos.
Le différentiel montants/travers mérite une explication. Tendre les montants plus fort que les travers durcit la réponse directionnelle sans rigidifier tout le tamis : les travers, plus souples, conservent un peu de tolérance et de confort. C’est le réglage classique du gros frappeur qui veut verrouiller la longueur de balle tout en préservant son bras sur la durée. Les logiques de variation selon la surface, l’humidité ou le jeu en intérieur sont détaillées dans notre guide sur quelle tension choisir pour sa raquette de tennis.
Le cordage de Karen Khachanov est monté en jauge 1,25 mm, calibre 16L dans la nomenclature américaine, et jauge de référence historique de la gamme ALU Power.
Rappel du principe : plus la jauge est épaisse, plus le cordage résiste à l’abrasion et oriente vers le contrôle ; plus elle est fine, plus la corde se déforme, mord dans la balle et restitue d’énergie — au prix de la casse. Notre article sur la jauge du cordage et son influence sur le jeu développe le mécanisme.
À 1,25 mm, Khachanov se place exactement au milieu de l’intervalle utilisé sur le circuit (1,15 à 1,35 mm). Le 16L de l’ALU Power a par ailleurs la réputation d’être l’un des co-polys les plus tolérants pour le bras de sa catégorie — un argument qui compte pour un joueur de 1,98 m qui frappe à pleine intensité depuis plus de dix ans sur le circuit.
La déduction est claire : chez Khachanov, la variable d’ajustement n’est pas le diamètre, c’est le différentiel de tension. Il fige un paramètre pour n’en faire varier qu’un seul.
Khachanov joue avec une prise western en coup droit, la plus fermée du répertoire, celle qui impose une trajectoire ascendante prononcée. C’est un point important, parce qu’elle génère naturellement beaucoup de rotation, indépendamment du matériel.
Le cordage n’a donc pas à produire d’effet supplémentaire — d’où le choix de la version lisse plutôt que Rough. Sa fonction est inverse : canaliser. À 25 kilos sur les montants, l’ALU Power renvoie une balle tendue, prévisible, qui ne s’échappe pas quand le Russe s’engage à pleine vitesse. Sur son service, arme majeure à cette taille, la même tension sécurise le placement sur les angles extérieurs.
Un polyester monté à 25 kilos perd sa tension nettement plus vite qu’à 22. C’est le prix de ce réglage, et il explique une partie de la logistique d’un joueur professionnel : les cordeurs présents sur le circuit montent plusieurs cadres par match pour alimenter le joueur en tamis frais.
L’épisode de Halle 2025 prend tout son sens dans ce contexte. Disposer d’un seul cadre utilisable signifiait accepter de jouer un match entier sur un cordage vieillissant, sans possibilité de basculer sur une raquette fraîche. Pour un joueur qui tend à 25 kilos, le pari était réel.
Pendant l’essentiel de sa carrière, Khachanov a joué avec un Wilson H22, moule pro stock repeint aux couleurs successives de la Blade 98 commerciale, en plan 18×20. Spécifications relevées sur ses cadres personnels : 310 g non cordé hors surgrip, équilibre à 31,8 cm, poids en balancier autour de 340 une fois cordé.
Un tamis de 98 pouces carrés (632 cm²) est petit : il privilégie la précision et la stabilité, au détriment de la tolérance sur les frappes décentrées. Un plan 18×20 est le plus serré du marché : contrôle maximal, durabilité accrue, prise d’effet réduite.
L’ensemble est cohérent avec le reste. Cadre dense, cordage lisse, tension haute : trois paramètres qui poussent tous dans la même direction, celle de la trajectoire maîtrisée. C’est la prise western qui apporte l’effet, pas le matériel. Le raisonnement inverse s’observe chez Jack Draper, qui compense un tamis de 645 cm² et un pattern ouvert par un cordage plus contenu.
C’est précisément ce point d’équilibre que le changement de 2025-2026 est venu bousculer. Le prototype noir testé à Halle est devenu le Wilson Defyer 98 Pro, lancé commercialement en juillet 2026 — un cadre orienté effet, en 305 g pour 98 pouces carrés et un plan 16×20, conçu comme la réponse de Wilson à la Babolat Pure Aero 98. Khachanov utiliserait une version rare en 18×20, non commercialisée, pour conserver la densité de tamis à laquelle il est habitué. Passer d’un cadre de contrôle pur à un cadre pensé pour l’effet est un virage significatif chez un joueur de 30 ans.
L’ALU Power en full bed est l’un des montages les plus répandus du circuit :
Ce qui rapproche Khachanov, Korda et Lajović n’est pas le style de jeu mais la philosophie : aucun des trois n’attend de puissance gratuite de son cordage.
Reste une question ouverte. Depuis le passage au Defyer, plusieurs observateurs du circuit évoquent un possible changement de cordage — un polyester noir non identifié, éventuellement de marque tierce. L’information n’est pas confirmée, et Khachanov n’a jamais communiqué sur son matériel. Si elle se vérifiait, elle marquerait la première rupture en dix ans dans le seul élément que le Russe n’avait jamais touché. C’est le premier point à surveiller sur ses raquettes lors de la tournée américaine.
Ugo Humbert a remporté Marseille puis Dubaï en 2024, gagné trois fois le tournoi de…
Andrey Rublev frappe la balle plus fort que presque personne sur le circuit, et sa…
Tommy Paul a remporté Roland-Garros juniors en 2015, atteint les demi-finales de l'Open d'Australie 2023…
Taylor Fritz a atteint la finale de l'US Open 2024 puis celle du Masters de…
Un titre en Grand Chelem vaut de l'argent. Une story Instagram postée depuis les vestiaires…
Chaque été, le gazon du All England Club impose son rituel immuable : joueurs en…
View Comments