Raquette de Coco Gauff : le Speed MP déguisé en Boom

Raquette de Coco Gauff
Raquette de Coco Gauff - Crédits photo : Hameltion

Table des matières

Coco Gauff a battu Venus Williams à Wimbledon à quinze ans, remporté l’US Open à dix-neuf, puis Roland-Garros à vingt et un. Ancienne numéro un mondiale en double, deuxième joueuse mondiale en simple à son meilleur classement, l’Américaine a bâti son jeu sur une couverture de terrain exceptionnelle et un revers à deux mains parmi les meilleurs du circuit. Sa raquette porte le nom d’un modèle qu’elle n’a jamais joué — et il suffit de regarder la forme du tamis pour s’en apercevoir.

Quelle raquette utilise Coco Gauff ?

Coco Gauff est sous contrat avec Head depuis le début de sa carrière. Le modèle qu’elle endosse commercialement est le Boom MP, dans une livrée spécifique — d’abord la version « inversée », puis un coloris menthe conçu pour elle. Elle est l’ambassadrice principale de cette ligne.

Le cadre qu’elle joue réellement n’a rien à voir. Il s’agit d’un pro stock désigné sous le code PT 339.2, une construction plus souple appliquée à un ancien moule Speed MP — la même famille de cadres que celle décrite dans notre article sur la raquette de Jannik Sinner. Le détail qui trahit la supercherie est visible à l’œil nu : la Boom possède une géométrie de tête très particulière, plus large dans sa partie supérieure, que la raquette de Gauff n’a pas.

Le cas n’est pas isolé chez Head. Lorenzo Musetti, l’autre grand ambassadeur de la ligne Boom, joue lui aussi un tout autre cadre sous cette peinture, comme nous le détaillons dans notre article sur la raquette de Lorenzo Musetti. Les deux visages commerciaux du modèle ne l’utilisent donc ni l’un ni l’autre — une situation suffisamment inhabituelle pour que certains observateurs du matériel s’interrogent ouvertement sur la raison d’être de cette gamme.

Poids et équilibre de la raquette de Coco Gauff

Il faut être clair : les spécifications personnelles de Coco Gauff ne sont pas connues publiquement. Le spécialiste du matériel le mieux renseigné sur son dossier indique explicitement ne pas disposer de ces chiffres, et ni Head ni la joueuse n’en ont communiqué.

Les estimations qui circulent varient largement, de 325 grammes cordé pour les plus prudentes à une fourchette de 330 à 340 grammes pour d’autres, avec un swingweight supposé au-delà de 330. Aucune de ces valeurs ne repose sur une mesure effectuée sur un de ses cadres. Nous les signalons comme des hypothèses, pas comme des données.

Ce que l’on sait, en revanche, c’est le principe de la customisation : du plomb ajouté dans le tamis, compensé par du silicone injecté dans le manche pour ramener l’équilibre vers la main. Un procédé standard sur les cadres pro stock, que notre article sur le cordeur de raquette de tennis permet de mieux comprendre.

À titre de repère, la Boom MP commerciale pèse environ 295 grammes non cordé, soit une raquette nettement plus légère que ce que Gauff joue vraisemblablement.

La taille du tamis : 645 cm²

Le tamis de la raquette de Coco Gauff mesure 100 pouces carrés, soit 645 cm² — un format généreux, identique à celui d’Elena Rybakina, et sensiblement plus large que les 632 cm² d’Aryna Sabalenka, dont nous détaillons le montage dans notre article sur la raquette d’Aryna Sabalenka.

Le choix est cohérent avec son style de jeu. Gauff est avant tout une immense défenseuse : elle rattrape des balles que la plupart des joueuses abandonnent, souvent en glissade, en extension, dans des positions déséquilibrées. Un tamis large offre la tolérance nécessaire à ces frappes prises hors du point de contact idéal, là où un cadre plus étroit produirait une balle courte ou une faute directe.

Plan de cordage : un point qui a changé au fil de sa carrière

Le moule PT 339.2 existe en deux versions, 16×19 et 18×20, et Gauff a utilisé les deux au cours de sa carrière. Elle a débuté avec le plan ouvert 16×19 avant de basculer vers le 18×20, plus dense, à un moment de sa progression.

Les sources divergent sur son choix actuel : certaines la donnent revenue au 16×19, d’autres estiment qu’elle a conservé le 18×20. Nous n’avons pas trouvé d’élément permettant de trancher définitivement, et préférons signaler ce désaccord.

L’enjeu n’est pas mince. Un 18×20 sur un tamis de 645 cm² produit une combinaison rare : la tolérance d’un grand cadre associée au contrôle de trajectoire d’un plan très fermé — précisément ce dont a besoin une joueuse qui doit replacer des balles avec précision depuis des positions défensives. Notre article sur la jauge du cordage détaille l’impact de ce paramètre.

Raquette de Coco Gauff
Raquette de Coco Gauff – Crédits photo : Hameltion

Ce que sa raquette dit de son style de jeu

Le montage de Gauff sert un tennis de transformation : encaisser, replacer, puis renverser l’échange. Chaque paramètre y contribue.

Le tamis large pardonne les impacts décentrés inévitables quand on court autant. La construction plus souple du PT 339.2, par rapport au layup commercial du Speed, apporte du toucher et absorbe une partie des vibrations — un atout sur les frappes prises en catastrophe. Le plombage dans le tamis stabilise le cadre face aux balles les plus lourdes du circuit, notamment celles de Sabalenka, sa grande rivale.

C’est un équipement de joueuse athlétique plutôt que de frappeuse pure : il ne cherche pas à ajouter de la puissance, il cherche à ne jamais lâcher sous la pression.

Le revers à deux mains, révélateur du montage

Le revers à deux mains de Gauff est unanimement considéré comme l’un des meilleurs du circuit féminin, et c’est le coup qui exploite le mieux son matériel. Frappé aussi bien en défense pure, très loin derrière la ligne, qu’en attaque le long de la ligne, il exige un cadre capable de faire les deux.

Le tamis large donne la marge nécessaire sur les revers défensifs pris en extension. La construction souple du cadre offre les sensations qui permettent de doser la balle plutôt que de la frapper. Et si elle joue effectivement le plan 18×20, celui-ci verrouille la trajectoire au moment où elle décide d’accélérer le long de la ligne — le coup qui a fait basculer bien des matchs en sa faveur.

Personnalisation : plomb, silicone, et un cordage qui fait débat

Le plomb et le silicone. La combinaison est documentée : masse ajoutée dans le tamis pour la stabilité, silicone dans le manche pour rééquilibrer vers la main. Les quantités exactes ne sont pas publiques.

Le cordage, sujet de désaccord. C’est le point le plus contesté de son dossier. Trois cordages différents lui sont attribués selon les sources : le Luxilon Alu Power en 1,25 mm, l’hypothèse la plus fréquemment citée, également retenue par les revendeurs qui commercialisent son montage officiel ; le Head Lynx Tour en plein cordage ; ou encore le Head Hawk Touch. Nous retenons le Luxilon Alu Power comme hypothèse principale, tout en signalant que le dossier n’est pas tranché.

Fait notable dans les deux premières hypothèses : Gauff corderait avec une marque différente de son équipementier raquette, comme Novak Djokovic, dont nous évoquons le cas dans notre article sur le cordage de Novak Djokovic.

La tension. Elle se situe autour de 53 livres, soit environ 24 kilos, avec des ajustements selon les conditions — plus basse par temps froid et humide, plus élevée en altitude ou par forte chaleur. C’est une valeur proche de la moyenne du circuit, ni extrême ni particulièrement souple.

L’historique raquette de Coco Gauff

Head depuis toujours, et le même moule depuis ses débuts : Gauff a joué la ligne Speed pendant ses premières saisons professionnelles, avant de basculer vers la livrée Boom au début de l’année 2022 — sans que le cadre sous la peinture ne change.

Cette stabilité a accompagné une carrière précoce et dense : révélation à Wimbledon en 2019 à quinze ans avec la victoire sur Venus Williams, numéro un mondiale en double en 2022, premier titre du Grand Chelem à l’US Open 2023 face à Sabalenka — première Américaine adolescente sacrée depuis Serena Williams en 1999 —, Masters WTA 2024, puis Roland-Garros 2025 en simple, après y avoir déjà gagné le double l’année précédente.

Qui joue avec la même raquette ?

Le code PT 339.2 appartient à une famille de pro stocks Head largement répandue sur le circuit, dérivée de la légendaire construction PT57A. On retrouve une désignation très proche, le PT 339, dans le dossier du jeune Espagnol Rafael Jódar, que nous détaillons dans notre article sur la raquette de Rafael Jodar — même si son attribution reste, dans son cas, incertaine.

Côté livrée commerciale, la ligne Boom compte donc deux ambassadeurs de premier plan, Gauff et Musetti, qui jouent tous deux autre chose. C’est le cas le plus frappant de cette série d’un décalage assumé entre marketing et matériel réel.

Quelle raquette pour jouer comme Coco Gauff ?

Le Head Boom MP, disponible partout, reste le point de départ officiel — mais il faut savoir que ce n’est pas sa raquette. Le Head Speed MP, dont son cadre reprend le moule, constitue en réalité une approximation plus fidèle, à ceci près que la construction commerciale est plus rigide que la sienne.

Sur le cordage, la tension de 24 kilos est accessible à un joueur de bon niveau, mais le Luxilon Alu Power reste un monofilament exigeant, peu recommandé aux joueurs sujets aux douleurs de bras : notre guide sur quelle tension choisir pour sa raquette aide à calibrer un montage plus confortable.

Le dossier Gauff pose une question que cette série croise régulièrement, mais rarement de façon aussi nette : à quoi sert une raquette commerciale que même ses ambassadeurs refusent de jouer ?

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