Raquette de Félix Auger-Aliassime - Crédits photo : Skyscraper 2010
Cinq heures et quinze minutes, trois jeux décisifs, un cinquième set perdu au tie-break : en quart de finale de Wimbledon 2026 face à Novak Djokovic, Félix Auger-Aliassime a fait subir à ses cordages ce que peu de matchs infligent. Le Québécois, 26 ans, neuf titres ATP — record canadien de l’ère Open depuis son sacre à Montpellier en février 2026 — et quatrième mondial depuis juin 2026, joue un tennis d’agression frontale : service lourd, coup droit ultra-lifté, prise de balle avancée. Le cordage de Félix Auger-Aliassime, un Babolat RPM Blast Rough monté en jauge 1,30 mm, est calibré pour une seule chose : encaisser cette intensité sans bouger.
Auger-Aliassime joue avec le Babolat RPM Blast Rough, en full bed — le même cordage sur les montants et les travers, sans hybride. C’est la déclinaison texturée du RPM Blast, le cordage phare de Babolat.
Techniquement, il s’agit d’un monofilament co-polymère à section octogonale, recouvert d’un revêtement silicone réticulé. Les arêtes de la section octogonale mordent dans le feutre de la balle ; la version Rough accentue encore cette accroche par une texture de surface plus marquée. Résultat : davantage de prise d’effet, et un snap-back — le retour des cordes en position après l’impact — plus franc.
La nuance a son importance, car elle distingue Auger-Aliassime de la plupart des joueurs Babolat. Rafael Nadal n’a jamais quitté le RPM Blast classique, tout comme Carlos Alcaraz et Holger Rune. Le Canadien est l’un des rares du haut de tableau à préférer la version rugueuse.
Côté disponibilité, le RPM Blast Rough se trouve facilement en garniture ou en bobine, y compris en grande surface spécialisée. C’est en revanche un polyester rigide, à réserver aux joueurs de troisième série et au-dessus.
Auger-Aliassime corde autour de 23 kilos, soit environ 51 livres, montants et travers à la même valeur. Aucun différentiel entre les deux plans.
C’est une tension médiane, voire basse au regard de ce que pratiquent beaucoup de ses adversaires directs. Pour situer : Alcaraz monte à 25/24 kilos, Jannik Sinner joue nettement plus tendu encore. Auger-Aliassime, lui, ne cherche pas à brider sa frappe par la tension.
La logique est cohérente avec le reste de son matériel. Le Canadien mesure 1,93 m, dispose de bras très longs et génère de la puissance sans effort ; ce qu’il demande à son cordage, c’est de l’accroche et de la constance, pas de la rigidité supplémentaire. Corder plus ferme reviendrait à durcir un ensemble déjà orienté contrôle par la raquette elle-même — et à raccourcir la vie utile du cordage, un polyester perdant sa tension d’autant plus vite qu’il est monté haut. Les arbitrages de ce type sont détaillés dans notre guide sur quelle tension choisir pour sa raquette de tennis.
Le cordage de Félix Auger-Aliassime est monté en jauge 1,30 mm, soit le calibre 16 dans la nomenclature américaine.
Principe général : plus la jauge est épaisse, plus le cordage résiste à l’abrasion et oriente vers le contrôle ; plus elle est fine, plus la corde se déforme, accroche et restitue d’énergie — mais casse vite. Notre article sur la jauge du cordage et son influence sur le jeu développe le mécanisme.
À 1,30 mm, Auger-Aliassime se place dans la moitié épaisse de l’intervalle du circuit (1,15 à 1,35 mm). Le choix est révélateur, parce qu’il vient compenser la texture. Une corde rugueuse s’use plus vite qu’une corde lisse, par frottement des montants sur les travers à chaque snap-back. Prendre du Rough en 1,30 plutôt qu’en 1,25, c’est acheter de l’accroche sans payer le prix en casse.
Comparaison utile : Nadal joue le RPM Blast en 1,35 mm, Alcaraz en 1,30. Auger-Aliassime se situe donc dans la même famille de réglages — la différence entre les trois tient à la texture et à la tension, pas au diamètre.
Le coup droit est le coup structurant du Canadien : trajectoire haute, rotation importante, balle qui remonte dans la zone de frappe inconfortable de l’adversaire. Ce type de coup ne se produit pas grâce au cordage — il se produit grâce à la vitesse de tête de raquette — mais le cordage détermine combien de cette vitesse se convertit en rotation plutôt qu’en vitesse pure.
C’est exactement la fonction du Rough. Les arêtes octogonales texturées retiennent la balle une fraction de milliseconde de plus dans le tamis, le temps que le geste ascendant imprime sa rotation. Une tension modérée à 23 kilos amplifie ce phénomène : les cordes se déplacent davantage latéralement à l’impact, puis se replacent, générant le fameux effet de fronde.
Le service en profite tout autant. Sur une deuxième balle kickée, l’accroche du Rough permet de sécuriser la trajectoire en gardant de la vitesse — un compromis que Auger-Aliassime exploite pour éviter d’offrir des secondes balles attaquables.
Le quart de finale de Wimbledon 2026 illustre parfaitement l’intérêt d’un montage 1,30. Battu 7-6(10), 3-6, 6-3, 6-7(4), 7-6(4) après cinq heures et quinze minutes de jeu, Auger-Aliassime a disputé un match où chaque set s’est joué sur des marges minimes — et où la constance du plan de cordage compte autant que la fraîcheur physique.
Sur gazon, un polyester monté fin perd sa tension et son mordant rapidement sous ce volume de frappes. Une jauge 1,30 tendue modérément ralentit cette dérive. Cela ne dispense évidemment pas de changer de raquette régulièrement : sur ce type de match, les cordeurs présents sur le circuit enchaînent les montages en coulisse pour alimenter le joueur en cadres frais.
Auger-Aliassime est l’ambassadeur de la Babolat Pure Aero 98, un cadre de 630 cm² (98 pouces carrés), plan de cordage 16×20, profil 21/23/22 mm. En compétition, le cadre observé sous la peinture est un pro stock construit sur le vieux moule Aero Storm, dont le détail est traité dans notre article sur la raquette de Félix Auger-Aliassime.
Les spécifications relevées sur ses cadres personnels : 314 g non cordé, équilibre à 32 cm, poids en balancier (swingweight) autour de 308 — une valeur basse pour le circuit ATP, où la moyenne tourne plutôt autour de 350.
L’ensemble est d’une grande cohérence. Un tamis de 630 cm² est petit : il privilégie le contrôle et la précision, avec une tolérance réduite. Un plan 16×20 est serré dans le sens horizontal, donc orienté contrôle et durabilité — moins généreux en effet qu’un 16×19 ouvert. Deux paramètres qui tirent vers la précision.
D’où l’arbitrage : puisque le cadre bride naturellement, le cordage peut se permettre d’être accrocheur (Rough) et monté modérément (23 kilos). C’est le mécanisme inverse de celui de Jack Draper, qui compense un tamis de 645 cm² et un pattern ouvert par une tension plus ferme.
Le RPM Blast Rough reste minoritaire par rapport à la version lisse, largement dominante dans l’écurie Babolat.
Une inconnue mérite d’être suivie. Auger-Aliassime a signé cette saison le meilleur classement de sa carrière sans avoir encore décroché de Masters 1000 ni de titre du Grand Chelem — deux finales de Masters 1000 perdues (Madrid 2024, Paris 2025), trois demies en Majeur. À 26 ans, les ajustements matériels de ce profil de joueur portent rarement sur le cordage lui-même, mais sur les demi-kilos de tension et les grammes de plomb. C’est là qu’il faudra regarder si le Canadien décide de franchir le dernier palier.
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